De la Bretagne à Saigon sans billet de retour

Ils ont posé leurs valises à Saigon. Thomas et Amélie Huynh Le Maux se sont installés au Vietnam en 2016 où ils assurent vivre une expérience unique. Ils vivent d’opportunités et d’envies dans une ville en plein boom économique.

Ils ont manqué l’édition 2016 du festival Art Rock à Saint-Brieuc. C’était bien la première fois depuis des années que Thomas et Amélie Huynh Le Maux n’y assistaient pas. Et pour cause : le couple de Briochins s’était envolé pour Hô Chi Minh Ville 6 mois auparavant sans billet de retour. Ils ont bien tenté de suivre le festival via Facebook. Mais le réseau social était plus ou moins censuré pour ne pas faire écho aux manifestations exceptionnelles qui défilaient alors dans les rues de la capitale économique du Vietnam. Assis devant un caphe sua dà, Thomas sourit. Le jeune homme de 33 ans constate que plus rien ne sera désormais comme avant…

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Avant, c’était la France, entre Saint-Brieuc et Paris. Thomas est né d’un père vietnamien et d’une mère bretonne.

« Papa est issu d’une famille de Saigon  dont les enfants ont fait leurs études en France. Il est parti avant 1975 et la victoire du Nord. Il a rencontré ma mère à Paris puis ils se sont installés à Saint-Brieuc. Quand j’ai eu 10 ans, il a commencé à passer un mois sur deux au Vietnam où il avait une entreprise de confection de vêtements. J’ai été élevé par ma mère. Je me sens plus Breton que Vietnamien ! »

Mais comme tous les Eurasiens, Thomas s’est un jour posé la question de ses origines : «Vers 15-16 ans, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ma famille au Vietnam. J’avais 10 ans quand j’y suis allé pour la première fois. »

De son côté, Amélie est la fille unique d’un couple qui vit à Plaintel. C’est dans la station balnéaire du Val-André que les deux jeunes gens se rencontrent en 2003, avant de s’installer à Paris quelques années plus tard où Amélie prépare une thèse de biologie tandis que Thomas travaille comme intermittent du spectacle.

En 2008, ils partent au Vietnam, sac au dos, pour un mois. C’est sans doute à ce moment-là que leur vie bascule. « C’était la première fois que je visitais vraiment le Vietnam des campagnes », raconte Thomas. Delta du Mékong, Cambodge, puis retour au Vietnam et un trajet mémorable en train pour remonter jusqu’à Hanoi, en terminant par un trip en moto jusqu’aux montagnes du Nord. « Nous sommes partis avec l’agence d’un de mes cousins à Hanoi dans un village de l’ethnie Dao. Nous avons dormi chez l’habitant. C’était simple mais tellement vrai. Je me vois encore repeindre les chaises de l’école du village. Je me suis dit que j’adorais ce pays. » 

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L’idée de partir a germé peu de temps après. « On ne voulait pas avoir des enfants à Paris, explique Amélie. Le côté individualiste de la vie parisienne nous pesait aussi. Le Vietnam s’est imposé naturellement pour Thomas et pour moi aussi, après notre voyage en 2008.» La famille du jeune homme à Saigon leur a beaucoup facilité leur arrivée : « on n’avait plus qu’à poser nos valises ! »

Pourtant, le grand saut effraie. Il fallait mettre de l’argent de côté. Thomas travaillait dans le casting sans grande passion. Amélie précise : « Il avait surtout peur de me voir quitter mon boulot dans l’industrie pharmaceutique. » Il approuve, encore tout étonné de leur audace : « Amélie est une grande bosseuse. Je l’ai vue préparer sa thèse, puis la soutenir. J’étais fier. Je me suis dit que je ne pouvais pas lui demander de tout quitter. Et si on se plantait ? » Elle poursuit : « Je vois mes compétences comme des briques que j’empile. Aujourd’hui, on a plusieurs métiers. Si je n’étais pas partie vivre à l’étranger, j’aurais été frustrée ! »

Quelques semaines après son arrivée, Amélie s’est très vite retrouvée responsable communication de la première édition du festival Saigonella, quand Thomas a été, lui, propulsé vidéaste. « On attendait 600 personnes, on en a eu 1500 ! »

 

« En France, j’avais fait une école de réalisation audiovisuelle, explique Thomas. Mais j’étais fiché « casting ». Impossible d’en sortir. Ici, on m’a fait confiance. On ne te met pas dans une case d’où tu ne peux plus sortir. »

En 2017, ils ont créé FMR (For many Reasons) pour soutenir l’art à Saigon. Hors des galeries, FMR conçoit et organise des événements artistiques multidisciplinaires.

« Un lieu unique, un thème original, une soirée éphémère: c’est la combinaison d’un événement FMR, précise Amélie. C’est aussi un réseau d’artistes et une société d’event outsourcing pour tous les lieux d’HCMC qui ont besoin de concepts, d’events et de stratégie communication pour se démarquer. »

Vidéo Old Saigon by FMR (images d’Adrien Plate et montage Thomas Huynh).

Avec un réseau d’artistes bien étoffé maintenant, le couple organise ponctuellement des événements qui mêlent à la fois la musique, la danse, les arts visuels et décoratifs, le théâtre… La ville de 10 millions d’habitants commence à se faire une place au soleil parmi les capitales d’Asie du sud-est, en matière d’art contemporain. Une place encore petite et à l’ombre de ses voisines, Hong-Kong ou Singapour. Censure vietnamienne oblige.

Les deux Briochins assurent que la France ne leur manque pas, ils se sont fait des amis très vite. « Et j’ai des discussions plus longues sur Skype avec des copains que je croisais seulement auparavant », constate Amélie. Thomas, quant à lui, regrette amèrement de ne pas avoir travaillé son anglais à l’école : « J’aimerais dire à tous les petits Français : bossez votre anglais, c’est indispensable pour voyager ! » Le couple apprend le vietnamien. Thomas, cette fois, est assidu. « Je serai vraiment fier le jour où j’aurai une discussion en vietnamien avec mon père. »  Plus rien ne sera comme avant.

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FMR, c’est aussi Saigonettes Social Club – International Ladies events, le festival Saigonella pour une prochaine édition en 2018 et de nombreuses collaborations  venir.

 

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Belgo: l’esprit belge à Saigon

La Belgique a désormais son espace à elle, à Hô Chi Minh Ville. Si vous voulez déguster une bonne bière belge dans un endroit où la culture, l’humour et la convivialité ne font qu’un, allez faire un tour du côté de Da Kao, au restaurant -pub Belgo. Vous serez séduit par l’esprit attachant et moderne du lieu. C’est toute l’âme belge qui s’en dégage… Rencontre avec Gauthier Lagasse, le directeur et co-fondateur de Belgo.

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« Je suis fier de la Belgique, de ce petit pays dont on se moque souvent. Nous portons en nous une identité forte et multiculturelle. »

Gauthier Lagasse est intarissable sur tout ce qui fait « l’âme belge ». Ce jeune entrepreneur, un temps passé par l’import-export de grandes marques au Vietnam, est aujourd’hui à la tête de Belgo, un pub-restaurant dans le quartier sympa de Da Kao (1).

A l’origine de Belgo, ouvert en novembre 2016, est apparue l’idée qu’il y avait à Saigon un grand marché de la bière mais peu de types de bières; la plupart étaient blondes, ce qu’on appelle les Pilsner. « De là est née l’envie de  de fabriquer de la bière belge au Vietnam. Nous avons donc monté une brasserie dans la banlieue de Saigon, sous la direction d’un brasseur belge et où nous fabriquons de l’authentique bière belge avec des ingrédients belges. Nous devrions la proposer d’ici 3 mois uniquement à Belgo pour commencer. L’idée étant d’avoir une bière blonde, une brune et une ambrée. »

Le marché de la bière au Vietnam s’est fortement développé ces dernières années. Les Vietnamiens sont des grands consommateurs mais n’avaient le choix qu’entre très peu de marques. Ici, la carte propose 30 variétés, toutes importées. Les Vietnamiens découvrent, par exemple, les bières trappistes et leur histoire… Car chaque breuvage a son histoire, souvent ancienne.

Ici, vous trouverez des frites bien sûr, mais aussi des flammekueche (délicieuses), des moules-frites (de Quy Nhon, sur la côte vietnamienne), des spécialités belges mais aussi quelques plats vietnamiens et des desserts excellents comme les gaufres ou encore des nems au chocolat et un fameux fondant au chocolat… belge.

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Le chanteur Stromae a toute sa place au Belgo.
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Rien n’est laissé au hasard côté déco. Les chapeaux melon? On peut y voir l’ombre des  jumeaux Dupont et Dupond dans Tintin

Derrière le design intérieur et l’architecture du lieu où dominent le métal et le bois se cachent les architectes de T3 architecture Asia: ambiance industrielle et contemporaine, grandes tablées, magnifiques comptoirs dans un écrin de briques rouges. A cela s’ajoute une touche artistique séduisante. A travers les oeuvres du français Mathias d’abord,  qui a repris des photos d’artistes, d’intellectuels ou de symboles belges en y ajoutant le détail humoristique et symbolique adéquat. Mais aussi à travers l’oeuvre impressionnante du graffeur Suby One: cette moto en apesanteur dans le ciel de Belgo où l’on devine aussi les nuages de Magritte. Des références culturelles parfaitement choisies.

« La Belgique, c’est un choc culturel où le surréalisme n’est jamais bien loin, sous une épaisse couche d’humour. Le sens de l’auto-dérision devait être présent ici aussi. « 

 

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Benoît Poelvoorde, devenu incontournable.

Voici un lieu où « la culture et l’esprit belges » sont partagés. Vous pourrez y lire des bandes dessinées notamment. Et assister au festival de la bière belge les 21 et 22 avril 2017. Gauthier souhaite également organiser des discussions autour de thèmes culturels, économiques… Et puis, pourquoi pas un jour, y voir se dérouler un festival de la bande dessinée? Un lieu au fort potentiel. A suivre.

 

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« Il n’y a pas de meilleur moyen pour comprendre la Belgique qu’en buvant une de ses bières. »
(1) Gauthier Lagasse a fondé Belgo avec son partenaire François Schwennicke.

L’art du tatouage de Mai-Loan Tu

Mai Loan Tu, 28 ans, vient de fêter sa première année d’expatriation à Saigon. Artiste et tatoueuse, elle porte ses origines vietnamiennes paternelles avec élégance et discrétion. Rencontre dans le salon où elle travaille le tatouage comme un art graphique aussi singulier que multiple. 

Elle a cette douceur dans la voix et cette simplicité qui ne la quittent pas. Elle ne veut pas d’une imposture. Mai-Loan Tu s’excuserait presque d’être là, tellement sa modestie en souffre. Mais il faut bien le constater: elle a le regard d’une artiste et de l’or dans les doigts. Un délicat trait d’eye-liner noir souligne ce regard bienveillant de la jeune femme qui porte, ce jour-là, des boots noirs et une petite robe noire à pois blancs. Le noir lui va si bien… Ce noir de l’encre indélébile qu’elle imprime désormais chaque jour sur des corps anonymes.

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« Se faire tatouer n’est pas un acte anodin. Aujourd’hui, le tatouage est plus personnel que l’appartenance à un groupe. Ce n’est jamais un coup de tête, c’est un acte réfléchi. »

Son premier tatouage à elle est une petite clé sur la cheville, discrète. Le deuxième  est une gravure de coquelicot qu’elle s’est fait elle-même, en France, où elle avait suivi une formation hygiène. Toujours discret. Son troisième tatouage, elle le fera au Vietnam: « c’est mon maître qui me l’a fait sur mon avant-bras gauche. C’est Mélusine, un personnage de gravure. J’adore les gravures anciennes. Celui-ci est visible, j’avais sans doute plus envie de le montrer. »

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Car c’est au Vietnam que Mai-Loan a enfin pu intégrer le monde du tatouage.

« En France, c’est un milieu très fermé. si tu ne connais pas un tatoueur, il est quasiment impossible d’y entrer. »

Dessinatrice de formation, Mai-Loan a fait ses études d’art à Bruxelles où elle a passé 3 ans, avant de se rendre à Barcelone. Mais ses origines vietnamiennes (par son père) l’ont rattrapées et le vent l’a poussée jusqu’ici où elle voulait « trouver un nouveau souffle ».  Elle y a rencontré Aries, tatoueur vietnamien qui officie depuis 10 ans au shop Exile Ink Vietnam, à Thao Dien, dans le district 2. « Il sait tout faire, surtout les dessins dans le style japonais et les aquarelles. Il m’a dit: « je vais t’apprendre tout ce que je sais ». Il ne voulait pas de cette hiérarchie maître-élève. Il m’a fait confiance. Au bout de deux mois, j’ai tatoué mon premier portrait sur la jambe de mon boss, le propriétaire du shop, qui est anglais. Quelle confiance! »

Qui se tatoue? « Tout le monde, tous les âges, Vietnamiens, expatriés… Le tatouage s’est banalisé, il a explosé. » Mai-Loan sait qu’il faut rassurer et soigner toutes les premières fois. La discussion est essentielle pour que la confiance s’installe.

« Chacun vient avec une idée précise. Ils commencent par un petit tatouage, puis reviennent en faire un autre, puis un autre. Le tatouage est addictif! »

La jeune femme se souvient de la première fois qu’elle a tatoué: « c’était un petit cupcake, sur une amie, en France. Ma main tremblait. Aujourd’hui encore, je ne prends jamais cela à la légère. Ce n’est pas rien de confier son corps à quelqu’un qui va y imprimer un dessin indélébile. » (1)

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Rappelons que Mai-Loan Tu est avant tout dessinatrice et qu’elle a exposé ses oeuvres à Salon Saigon.

(1) On peut faire retirer un tatouage que l’on n’aime plus au laser mais c’est cher, douloureux et jamais parfait. En général, on le recouvre avec un autre tatouage.

An Ordinary City

Il y a des rencontres anodines et drôles, polies mais sans suite. Et il y a des rencontres qui sont tout sauf ça. J’ai rencontré Myriem Alnet dans un avion entre la France et le Vietnam. Lorsqu’elle a commencé à me parler d’An Ordinary City, j’ai compris qu’elle était l’initiatrice des projections de films  au Yoko Bar chaque lundi soir. Sa démarche est intelligente, généreuse et inspirante. 

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© Peter Le – peterlephotography.com

La première fois que je suis allée au Yoko, c’était il y a 6 ans, à mon arrivée à Saigon. A ce moment-là, peu d’endroits proposaient des concerts live, surtout du rock et de la pop, à part l’Acoustic Bar. Et même s’il s’agissait souvent des reprises, le Yoko constituait un bol d’air musical. Et puis l’endroit a fermé. Puis réouvert il y a peu, avec une nouvelle équipe et un lieu rénové. C’est là que vous découvrirez chaque lundi soir An Ordinary City.

Myriem, quel est ton parcours et qu’est-ce donc qu’An Ordinary City? 

Je suis urbaniste avec un background en sciences politiques et relations internationales. C’est le Printemps arabe qui m’a amenée à m’intéresser aux questions urbaines (précisons que la mère de Myriem est marocaine) : comment la ségrégation socio-spatiale a nourri les révoltes et quid de la reconstruction des villes arabes après les révolutions politiques ? Au cours de mon Master en urbanisme à Londres (Bartlett School of Planning), j’ai commencé à m’intéresser aux représentations qu’on appose aux villes « en développement », aux exigences auxquelles des villes comme Casablanca, Hô Chi Minh Ville, Luanda doivent répondre pour « figurer sur la carte du monde » . Je me suis surtout rendue compte qu’on les perçoit toujours dans une perspective « développementiste », autrement dit, qu’elles ne seront jamais vues pour ce qu’elles sont (des lieux de forte potentialité créative, d’intelligence sociale collective élevée) mais par rapport à des modèles fixes et autoproclamés (les traditionnelles Londres, New York, Paris…). Je voulais sortir de cette perspective et apprécier ces villes pour ce qu’elles sont, à l’échelle humaine, dans leur quotidien… ordinaire.

« An Ordinary City – une ville ordinaire – c’est véritablement sortir de cette course vers l’extraordinaire, le « toujours plus » (hauts buildings, rentabilité, etc), pour s’intéresser à ce qui fait cité, à ceux qui font la ville – à savoir l’âme des cités, à savoir leurs citadin/es. »

An Ordinary City est donc une initiative que j’ai initiée en 2015 pour échanger sur les villes, partager ces expériences urbaines ordinaires et promouvoir une meilleure connaissance de sujets liés à la vie de nos cités – urbanisme, architecture, sciences sociales – à travers des médias culturels. Les Movie Nights hebdomadaires sont une manière d’échanger sur ces villes via un format divertissant.

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Frances Ha, un film de Noah Baumbach.

Comment et pourquoi as-tu initié ces projections ?

Hô Chi Minh est une ville qui bouillonne, se transforme très rapidement et je trouve que beaucoup de films y font écho et nous permettent de prendre du recul sur ces mutations, envisager leurs conséquences. En intervenant en tant que professeure invitée à Bac Khoa University (Université « polytechnique » de Hô Chi Minh Ville) auprès des étudiants en architecture, je me suis rendue compte que ce fonds culturel était méconnu et très difficilement accessible. J’ai donc simplement voulu ouvrir un espace de culture pour offrir à ceux qui le souhaitent de voir un cinéma autre que celui des blockbusters, omniprésent ici. Un cinéma, si ce n’est critique envers, au moins inspiré de notre environnement urbain. Inspirer, donner de la matière à réfléchir dans le meilleur des cas; créer une nouvelle opportunité de divertissement au minimum.

Le public? Je veux vraiment offrir ces films aux Vietnamiens. Pour cela, je travaille le sous-titrage des films en vietnamien. J’ai la chance d’avoir quelques étudiants intéressés par cet exercice de traduction : quand je ne trouve pas de sous-titre en ligne, ce sont eux qui les font ! C’est un point essentiel pour moi. De même, les projections sont gratuites : je veux garder cette opportunité culturelle accessible à tous.

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Only Lovers Left Alive un film de Jim Jarmush.

Quels sont tes critères de choix?

Le critère numéro 1, c’est ce lien avec la ville, avec notre condition urbaine. Dans chacun des films, on peut lire, de manière plus ou moins directe, une question urbaine : voisinage dans le Hong-Kong de Wong Kar-Wai, régénération urbaine dans Tekkonkinkreet, ségrégation socio-spatiale dans City of God, la tour d’habitation dans High-Rise… Le cinéma que je présente est plutôt indépendant, je veux proposer des films qui ne passeront pas dans les méga-complexes. Il m’arrive de passer de grosses productions comme Blade-Runner (Ridley Scott, 1982), qui reste une référence dans le domaine, ou peut-être bientôt un Woody Allen, mais ça reste relativement rare.

Il y a des films plus difficiles d’accès que je trouve pertinents. Il s’agit de diluer leur diffusion sur le long terme, avec d’autres genres. Par exemple, le 24 City de Jia Zhangkhe est très intéressant mais vraiment long et quelque peu assommant! Je l’ai donc casé entre La Haine (Kassovitz, 1995) et After Hours (Scorsese, 1985).

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La Haine de Matthieu Kassovitz.

« J’essaye de diversifier les formats, genres et origines. J’ai pu observer que les films asiatiques attirent les foules, mais je veux garder cette perspective internationale. »

Pourquoi le Yoko ?

Le Yoko est un café bar du district 3 tenu par deux membres du groupe TOFU Band, To Phu, la chanteuse et Hoai Anh, guitariste. Tous les autres soirs de la semaine, ils organisent des concerts, open-mic, soirées musique. Ils font partie de cette scène musicale alternative qui nous change les oreilles de l’EDM ambiante… C’est reposant. Les gens qui y vont sont plutôt jeunes, ça varie de la petite vingtaine pour les amateurs de métal à…. bien plus en fonction des soirs !

En journée et soirée, les playlists de fond sont sympas, de l’électro-indie-pop, ma culture musicale, donc je m’y retrouve. En termes d’espaces, le lieu a aussi été fait par un architecte et on sent le geste réfléchi : les choses sont là où elles doivent être, la décoration est harmonieuse et il s’y dégage une atmosphère agréable. Mais j’y suis arrivée par hasard. Je cherchais un bar qui pouvait accueillir plus de 30 personnes assises sans que ce ne soit trop désagréable et qui n’était pas trop cher (je pensais encore à mes étudiants !). Une amie qui connait To Phu m’a suggéré d’aller la voir. Et ça s’est fait tout seul…

 

Mon coup de coeur pour les sacs de Valérie Cordier

Les sacs et les pochettes de Valérie Cordier Paris-Hanoï ont un truc en plus. Colorés, associant cuir, matériaux de récupération et tissus ethniques, ils sont gais et pratiques. A Saigon, on ne présente plus la créatrice française. Vous ne la connaissez pas? La voici.

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© Emmanuel Hubert

Elle me reçoit dans son atelier, à Thao Dien, Hô Chi Minh Ville.  Un large sourire illumine son visage. Au milieu des tissus, échantillons de cuir, rubans et autre passementerie, elle prépare son nouveau départ. A 39 ans, cette globe-trotteuse s’apprête à quitter le Vietnam pour s’installer au Japon avec son mari. « Mais j’ai prévu de revenir souvent. Je continuerai à fabriquer ici. »

Originaire de Bordeaux, Valérie Cordier a quitté la France à 22 ans, après un bac littéraire et des études à l’école ESMOD, spécialisation costumes de scène. Est-ce parce que son père australien, lui a donné le goût de l’ailleurs très tôt? C’est en tout cas vers l’Australie qu’elle décide de s’envoler avec un visa d’un an pour un « working holiday ». A Sydney où elle travaille sur les costumes pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. « C’était un travail énorme mais hyper sympa. Il y avait des personnes qui venaient de partout, des couturiers, des designers. Tous les métiers de l’art réunis. »

De retour en France, elle tente de trouver un job dans la conception et la fabrication des costumes, à Paris. Elle fera un passage à l’Opéra Garnier dans l’atelier de confection. Et en 2002, elle répond à une annonce du programme Mobile Asie pour un stage remunéré au Vietnam.  » Je voulais repartir. C’était un stage de 6 mois chez Ipa-Nima, une entreprise en pleine expansion qui fabriquait des sacs. Finalement, ils m’ont proposé un poste de styliste-accessoires à Hanoi. D’année en année, on prolongeait le contrat. J’ai adoré mon boulot, on me donnait beaucoup de responsabilités. Ma boss venait de Hong-Kong. J’ai monté une collection, je me suis éclatée! Je ne crois pas qu’on m’aurait proposé cela en France, à mon âge. » Elle y restera 6 ans et demi.

Valérie ne connaissait pas le Vietnam, ni d’ailleurs l’Asie en général.

J’avais un peu d’appréhension. Je viens d’une famille plutôt latine, a priori très éloignée de la culture asiatique. Je ne suis pas tombée amoureuse du pays de suite. Mais j’ai appris à l’aimer. Le Vietnam m’a surprise. Et me surprend encore. Les Vietnamiens ont une grande insouciance et un grand sens de l’équilibre!

Lorsqu’elle quitte Ipa-Nima, Valérie Cordier trouve un emploi « développement et sourcing » chez Jamin Puech qui fabrique des sacs en cuir à Saigon. Au bout de deux ans, elle décide de monter sa boîte. « Je suis attirée par la déco, les meubles mais pas les vêtements parce qu’il y a trop de contraintes. Dans le domaine des sacs, beaucoup moins et je peux laisser libre cours à mon imagination. «  Elle se lance. « J’ai eu du mal à trouver mon propre style. » La jeune femme conçoit une première collection en 2010, « très belle, mais aux coûts de revient excessifs. » Sans partenaire commercial, point de salut.

Je me suis demander: que sais-je faire le mieux? Transformer les matériaux. Au Cambodge, j’ai observé leur façon de recycler les sacs alimentaires. J’ai compris que je pouvais en faire quelque-chose avec ma qualité, mes détails, des doublures, des matériaux solides…

En 2011, elle lance une collection avec 5 formes de sacs différentes. « Toutes les finitions sont en cuir. Et je n’utiliserai jamais de synthétique. » Elle définit elle-même ses créations comme des objets « pratiques, solides, gais et colorés. Les gens qui les achètent ont un gros flash. » Je crois savoir de quoi elle parle. Porte-feuilles, pochettes, besaces, cabas, sacs de plage… Le choix est vaste.

 

Pour la dernière collection hiver, Valérie Cordier a ajouté davantage de noir et propose des sacs aux portraits latinos ultra-colorés. Un travail d’impression réalisé en collaboration avec la créatrice Eugénie Darge, dont les housses de coussins aux portraits indochinois font un tabac au Vietnam.

Où trouver les créations de Valérie Cordier à Hô Chi Minh Ville ? Au fameux concept-store L’Usine et chez Little Anh Em. A Hanoi aussi chez Tan My design et l’Atelier. Et sur sa boutique en ligne.

Valérie Cordier ouvre les portes de son atelier à Saigon et propose ce samedi 10 septembre 2016 des offres spéciales sur certains modèles. Détails et infos pratiques ici.

 

Maison Marou Saigon

Des plantations de cacao à la pâtisserie, il n’y a qu’un pas que les Faiseurs de chocolat Marou ont allègrement franchi. Et c’est avec gourmandise que Vincent Mourou et Samuel Marouta viennent d’ouvrir la Maison Marou, au 167-169 de la rue Calmette à Hô Chi Minh Ville.

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L’idée? Un concept store où vous pourrez déguster des pâtisseries, boire un café ou un chocolat chaud maison ou encore repartir avec l’un des produits de la gamme, dont les nouvelles tablettes proposées exclusivement dans la boutique. Y sont également exposées les machines servant à la fabrication du chocolat, comme le torréfacteur datant de 1937 que le duo avait fait venir par bateau de France pour la confection de leurs premières barres.

Mais si derrière le chocolat il y a le duo que vous connaissez, derrière les pâtisseries de la Maison Marou, il y a une jeune chef pâtissière française de 36 ans de grand talent. Stéphanie Aubriot pourrait s’enorgueillir d’avoir créé des pâtisseries simples tout en étant raffinées, en gardant le goût si particulier du chocolat Marou. Mais ce n’est pas le style de la jeune femme, d’une modestie charmante et d’un calme olympien.

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Stéphanie Aubriot entourée de l’équipe qu’elle a formée ces trois derniers mois. Face à eux, des macarons avant cuisson et des piments qui viennent de passer deux heures au four… avant d’être incorporés au chocolat.

Stéphanie Aubriot est issue d’une famille de pâtissiers de père en fils/fille depuis 4 générations. « Finalement, je n’ai pas choisi mais je suis ravie. J’adore ça. » Quand elle fait ses premiers pas dans l’atelier de son père artisan-pâtissier à Nancy,  elle ne sait pas encore que sa passion la mènera au bout du monde. Elle fait ses classes dans les plus grands restaurants du monde dont le Waterside Inn en Angleterre, sous la direction du grand chef cuisinier Michel Roux. En 2012,elle part pour Danang au Vietnam où elle travaille aussi pour Michel Roux, à la Maison 1888, le grand restaurant de l’Intercontinental. Une des plus prestigieuses adresses dans le monde. Encore une fois. « A Danang, je voulais travailler le chocolat et j’ai cherché du chocolat du Vietnam. Bien sûr, je suis tombée sur Marou. Je les ai contactés, ils m’ont invitée à visiter leur atelier à Tu Duc et je suis allée voir la plantation de Ba Ria. Ils m’ont convaincue: c’était le chocolat que je cherchais. »

Quand Vincent et Samuel lui parlent de la Maison Marou en devenir, Stéphanie est partante. Elle devient la créatrice des pâtisseries proposées dans la boutique. « Ils voulaient une gamme simple qui conserve le goût Marou, en y ajoutant une touche vietnamienne. Je n’ai pas réinventé la crème pâtissière! J’ai créé à partir de ce qui existe. » Et ça donne un banh mi au chocolat (!), un éclair succulent, un cheese cake, un cookie ou un brownie délicieux. Ou encore une petite fleur de café dont la verrine, elle-même, est en chocolat…

L’ouverture de la boutique est aussi l’occasion de proposer de nouvelles gammes de tablettes: chocolat aux éclats de gingembre, au piment, au lait de coco ou encore une feuillantine. Et comme d’habitude, le design des emballages est parfait. La boucle est bouclée.

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Efaisto, une autre façon de consommer

Bernard Seys, un jeune Belge de 28 ans, et le Français Lou-Adrien Fabre, 27 ans, sont les co-fondateurs de la start up Efaisto. Cette plateforme de commerce en ligne met en lien direct les consommateurs avec des artisans d’Asie du Sud-Est qui confectionnent du sur-mesure dans un esprit éthique à des prix abordables. Interview.

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Vous ne venez ni l’un ni l’autre du milieu de la mode. Comment est née l’idée d’Efaisto? 

Bernard: En effet, moi je suis arrivé au Vietnam en 2012 où j’ai travaillé pour une grande entreprise dans le domaine du chocolat. Lou-Adrien travaillait comme ingénieur informatique dans les jeux vidéos et le développement. On a tous les deux quitté un bon job avec un bon salaire pour se lancer dans l’aventure d’Efaisto! Nous avons vite  été fascinés par l’énergie créative qui règne dans cette ville. Il y a ici des compétences ancestrales, depuis longtemps oubliées en France, exceptionnelles. Personnellement, j’ai toujours fait faire mes vêtements ici. Je n’aime pas les centres commerciaux et les produits que l’on voit sur tout le monde, partout. Les touristes et nos amis font eux-aussi faire des vêtements sur-mesure quand ils viennent à Hô Chi Minh. Ville.

Lou-Adrien: En Europe, le sur-mesure est réservé à une certaine élite, ça coûte cher. Pourtant, l’une des grandes tendances de la mode qui est aussi une tendance sociétale, est que tout le monde veut être unique. Et dans beaucoup de domaines, la personnalisation est l’un des principaux facteurs de vente. Nous voulons démocratiser l’accès au sur-mesure dans le respect du consommateur et de l’artisan.

D’où l’idée d’Efaisto, qui va à l’encontre de la Fast Fashion et tout ce qui l’accompagne: délais serrés, fabricants mal payés, flot d’invendus… Comment fonctionne Efaisto?

Bernard: Nous voulions mettre en valeur les compétences de ces artisans qui font un travail de qualité. L’idée est de rapprocher le consommateur de celui qui fabrique. Qui fait mes vêtements ou mes chaussures? Créer ce lien direct permet aussi de rétribuer très correctement les artisans. Sur Efaisto, ils ont le contrôle absolu sur leur prix de vente et reçoivent jusqu’à 85 % net du prix payé par le consommateur.

Lou-Adrien: Et inversement, les artisans sont eux-aussi satisfaits de savoir à qui ils vendent, pour qui ils fabriquent. Nos clients sont essentiellement en Europe, à Hô Chi Minh Ville, à Singapour et en Indonésie. Nous nous inscrivons dans une deuxième tendance mondiale qui est celle de l’économie collaborative (un échange de biens et de services entre particuliers), qui passent souvent par des plateformes en ligne. Sur notre site, chaque artisan a sa page, son nom, sa photo, son histoire et reçoit une note du client visible par tous.

Le sur-mesure permet aussi d’éviter le gaspillage…

Bernard: Oui, chaque produit est fait à la demande, les artisans n’ont pas de gros volumes de production, de quantités de commandes minimum ou de canevas à suivre.  On réduit nettement les déchets et les invendus. Chaque produit peut être customisé. Sur le site figure ce que proposent les artisans mais on peut personnaliser chaque produit. Nous travaillons avec 40 personnes qui vont du tailleur au fabricant de chaussures en passant par le fabricant d’accessoires en cuir.

L’aspect « éthique » est-il  un facteur de vente ou une nécessité morale dans votre vision du commerce?

Lou-Adrien: C’est un bonus. Tu ne peux pas uniquement te baser sur la bonne conscience des gens; on fait du business en faisant quelque chose de bien. Ce modèle va prendre de l’ampleur et va faire évoluer les mentalités. Nous croyons à l’idée de faire de l’éthique sur mesure à un prix abordable. Tu achètes une expérience, celle d’un homme ou d’une femme. Finalement, tu n’achètes même plus un produit! Tu achètes plus que ça…

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Le duo franco-belge a lancé officiellement Efaisto le 21 avril dans le cadre de la Fashion Revolution, #WhoMadeMyClothes.

 

L’art du café au Klasik Coffee Roasters

C’est bien connu, les Vietnamiens adorent le café. Du Nord au Sud, dans la rue ou dans un café plus chic, ils consomment régulièrement un caphe den dà ou un caphe sua dà, qu’ils font suivre d’un thé vert glacé. Le pays est le premier producteur de robusta dans le monde et le deuxième exportateur de café. Ici, à Hô Chi Minh Ville, on le boit presque toujours glacé, avec ou sans lait concentré sucré mais toujours en le sirotant. Une pause café, c’est un temps de convivialité, le plaisir de se retrouver entre amis ou en famille.

Mais il faut l’aimer bien fort. Le robusta tient toutes ses promesses; c’est pourquoi les étrangers préfèrent le boire en y ajoutant du lait concentré sucré. Vous n’avez pas le choix du café et il vous tiendra éveillé toute la journée!

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Dans ce contexte, le Klasik Coffee Roasters se distingue réellement. Sa propriétaire, Thiep, a voulu créer un endroit destiné aux vrais amateurs de café. Originaire de Vung Tau, sur la côte sud du pays, la jeune femme a fait des études de sociologie à Saïgon avant de s’orienter dans les métiers de l’hôtellerie. Elle a ouvert ce lieu en plein centre-ville, au 40 Mac Thi Buoi, voilà 4 mois à peine avec une seule obsession: la qualité. L’endroit propose 12 variétés de cafés de 3 continents (Afrique, Asie, Amérique centrale). « Nous torréfions nous-mêmes avec une machine que j’ai ramenée du Japon. La machine à  espressos vient d’Italie. »

Momentous 100%

C’est une petite révolution dans un pays où les habitants ne commandent jamais, ou presque, un espresso. « Moi-même, au début, je n’appréciais pas du tout. C’était trop amer. Et puis j’ai compris que cela dépendait du lieu d’origine, du sol… L’amertume ou le goût plus fruité est affaire d’arôme et d’acidité. J’adore le café d’Ethiopie et je viens de découvrir celui de Java. Etonnant. Je sais que ça prendra du temps mais je pense que les Vietnamiens finiront par apprécier aux-aussi un bon espresso. »

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On peut aussi acheter du café: 8 variétés sont disponibles à la vente (de 150 à 200 000 VND les 200g soit environ 6 à 8 euros). C’est encore un plaisir haut-de-gamme pour la grande majorité de la population! Vous pourrez aussi y déjeuner d’un sandwich ou d’une salade. Thiep a d’autres ambitions. Elle prévoit d’agrémenter la carte de plats occidentaux et d’y ajouter un bon choix de vins. A suivre…

Globbe Trottr: co-living and more…

Globbe Trottr, c’est une petite entreprise fondée par Nguyen Phuoc Long, jeune Saïgonnais de  28 ans. L’idée est de mettre en relation des Vietnamiens avec des jeunes expatriés qui arrivent ici sans autre chose en poche qu’un visa touristique et un contrat de travail temporaire. Globbe Trottr les aide à trouver une co-location mais pas seulement… L’idée du co-living n’est pas nouvelle. Mais celle de Long Nguyen va plus loin. Interview.

 

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Quelle est la genèse de Globbe Trottr?

Je suis moi-même un peu un Globbe Trotter. J’ai fait mes études supérieures en France où j’ai passé 6 ans. En fait, mon grand-père avait travaillé pour les Français ici à Saïgon. Nous sommes plutôt francophones dans notre famille. J’ai vécu à Lyon, à Toulouse et à Paris où j’ai fait des études dans la finance à Paris XII. Puis j’ai travaillé pendant deux ans dans une banque. A la différence des autres étudiants asiatiques qui restent très facilement entre eux, j’ai voulu m’intégrer. Je me suis aperçu qu’il y avait vraiment une énorme différence dans la façon de pensée des Vietnamiens et celle des habitants des pays développés. Je suis rentré fin 2012 au Vietnam et j’ai fondé Globbe Trottr.

D’où vient le concept de Globe Trottr?

Ma famille vit dans une très petite maison du District 3. Il n’y avait plus vraiment de place pour moi et je voulais aussi vivre  de façon plus indépendante. J’ai loué une maison dans le quartier de Phu Nuan et j’ai cherché des co-locataires. Après 6 années en France, je n’avais plus beaucoup d’amis vietnamiens. J’ai fait circuler des petites annonces et j’ai fini par trouver des jeunes expats. On a formé une sorte de petite communauté, on sortait ensemble. On s’entendait vraiment bien. Et puis, de plus en plus de gens continuaient à me demander si j’avais des chambres pour du co-living. Le co-living, c’est plus que du « vivre ensemble ». C’est partager un mode de vie. Alors quand mes premiers co-locataires sont partis, je me suis senti un peu  triste. Mais comme les demandes continuaient d’affluer, j’ai monté la société Globbe Trottr en avril 2013, l’idée étant avant tout d’aider les jeunes expats à trouver une co-location. Le concept? Créer un écosystème Expats-Vietnamiens afin d’échanger. Ces jeunes étrangers restent plus de 3 mois. Ce sont surtout des Français, des Américains, des Allemands…

Comment ça fonctionne?

Globbe Trottr est un intermédiaire, nous vérifions la qualité de service des fournisseurs (les biens à louer). Nous faisons de la gestion immobilière pour les propriétaires vietnamiens. Aujourd’hui, j’ai 5 salariés, deux Français et 3 Vietnamiens. L’un des Français organise les visites des chambres et l’autre s’occupe de l’événementiel. Nous n’avons pas de budget pour faire de la communication. Alors on organise parfois des événements ludiques pour se faire connaître.

Mais Globbe Trottr c’est plus que ça, non? 

Oui, en effet, nous créons une vraie communauté d’accueil. Les jeunes qui font de la co-location veulent aussi visiter, découvrir Hô Chi Minh Ville et le Vietnam, voire les pays frontaliers. Ici, à Saïgon, nous avons des étudiants vietnamiens volontaires qui veulent pratiquer l’anglais et s’ouvrir aux étrangers. Ils font des city-tours. A la fin de l’année, la société Globbe Trottr leur donne une part de ses profits. Nous travaillons aussi en lien avec l’ONG française LP4Y, dont l’objectif est d’insérer dans la vie sociale et économique des jeunes issus de milieux très pauvres ou victimes d’exclusion. Je reçois des CV de ces jeunes formés (anglais, informatique etc) pour les employer dans la gestion immobilière ou pour des missions d’analyse. Vous savez, je crois beaucoup au Co. c’est-à-dire au « faire-ensemble ». Un proverbe vietnamien dit en substance: « avec un seul arbre, on n’est rien. Avec plusieurs, on fait une forêt. »

Ici, au Vietnam, nous allons très vite être confrontés à une nouvelle façon de pensée avec ces accords de libre-échange qui viennent d’être signés. Dans un pays où les inégalités sociales sont criantes, il faut un système de confiance. La précarité est partout: on a un I-phone mais pas d’assurance-vie… Alors pensons au « faire-sensemble ». Le co… c’est l’avenir!

 

Padma de Fleur

 

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Padma de Fleur est un lieu peu banal. C’est avant tout un magasin de fleurs. Mais à l’heure du déjeuner, l’endroit se transforme en restaurant et dispose de peu de tables. Mieux vaut réserver. Car il règne ici une atmosphère extrêmement paisible qu’il faut préserver. Où que vous soyez, votre regard sera immanquablement attiré par un magnifique bouquet de fleurs fraîches ou une composition simple et délicate. Toujours très colorée. C’est dans une rue peu fréquentée du district 1 qu’il faut se rendre. A l’intérieur d’une ancienne petite maison saïgonnaise, la maîtresse des lieux, Quynh Anh, a tenu à conserver les murs tels qu’ils étaient, recouverts de cette peinture à la chaux bleue si emblématique au Vietnam. Quitte à garder leurs meurtrissures dans un esprit de conservation ultime. Quitte à laisser le visiteur imaginer librement ce qu’a pu être un tel endroit avant.

 

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Côté goût, il faut se laisser surprendre. Car il n’y a qu’un menu unique, qui change tous les jours. Ce jour-là, j’ai eu droit à une soupe de légumes aux herbes et au bouillon délicieux, des cuisses de poulet bien relevées, du riz bien sûr, une salade de champignons noirs et pour finir, un chè, ce dessert typiquement vietnamien aux graines de lotus baignées dans un sirop glacé.

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Et ce jour-là, j’étais en avance. Le moment et l’envie ont créé une jolie rencontre avec celle qui m’est apparue comme un personnage hors norme, ici, au Vietnam. Quynh Anh, toute menue dans sa robe noire, semble aussi légère qu’un pétale de rose. Elle ne se départit jamais de son sourire ou si peu. Elle fume. Ce qui est très rare pour une femme à Saïgon, plus commun à Hanoï. Elle a les cheveux courts mais je devine qu’elle les a coupés il y a bien longtemps, bien avant que la mode n’apparaisse ici chez les jeunes Vietnamiennes. Car de ce petit bout de femme s’échappe un esprit de liberté incroyable. Quynh Anh est née à Hanoï. Elle est arrivée ici avec ses parents à l’âge de trois ans. Elle m’explique qu’elle travaillait dans la publicité. Et qu’elle en a eu assez de sa vie stressante, dans une société où l’argent tenait une place importante. Elle a ouvert un premier Padma de Fleur en 2007 après avoir quitté son métier. Mais ça n’a pas marché. Quynh Anh s’est laissée porter. On devine que ses nuits étaient, alors, plus longues que ses jours. A ce moment-là de notre conversation, son visage s’assombrit. Le temps d’une seconde. Et s’émerveille de nouveau lorsqu’elle raconte: « J’étais assise à un café dans la rue, près de la cathédrale, je regardais le mouvement autour de moi. Un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps me voit et me demande ce que je deviens. Que lui répondre? Il m’a mise en relation avec l’association Saigon Children Charity. Là, les adolescents ont appris à faire des bouquets. Je les ai formés et je les ai tous pris dans mon équipe. » La suite, c’est la renaissance d’un Padma de Fleur en 2011. Cette fois-ci était la bonne. Un des adolescents s’est révélé talentueux. Il est aujourd’hui « flower designer » et travaille avec Quynh Anh qui participe à la décoration lors de shooting ou d’événements mondains.

Aujourd’hui Quynh Anh semble avoir trouvé l’endroit qu’elle cherchait. Celui qu’elle s’est construit elle-même. « C’est important d’être dans un environnement où on se sent bien. Libre. Je souhaite que tous ceux qui viennent ici puissent trouver un moment de quiétude. La vie est stressante, tout va très vite. Ici, ils n’ont pas besoin d’être quelqu’un d’autre. Ils sont juste eux-mêmes. » A l’image de Quynh Anh.

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