L’immeuble RuNam

Après le café RuNam, voici l’immeuble RuNam dans lequel vous pourrez non seulement aller boire un café chic, mais aussi désormais, goûter à la cuisine de rue (mais pas dans la rue…) et shopper de beaux accessoires ou des vêtements de créateurs au dernier étage.

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Les café RuNam, j’en ai déjà parlé. Ce sont des lieux à la déco très soignée et chic. On aime ou on n’aime pas le concept mais je trouve que c’est particulièrement réussi.

Il y a désormais dans cet immeuble de la rue Phan Boi Chau, face au marché de Ben Thanh, le Cho An, un restaurant qui a pour objectif de faire goûter la cuisine de rue dans un lieu qui ne l’est pas. En fait, il s’adresse aux touristes qui n’osent pas tester cette cuisine sur un trottoir mais qui veulent tout de même goûter les plats simples et traditionnels du Vietnam. Il s’adresse aussi et surtout aux Vietnamiens qui travaillent dans ce quartier et qui veulent déjeuner simplement entre collègues. D’ailleurs, quand j’y étais, il y avait de grandes tablées de collègues vietnamiens et une famille vietnamienne avec enfants et petits-enfants (qui sont en vacances d’été en ce moment).

 

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Comme d’autres avant eux, les propriétaires ont repris l’idée de la petite cuisine ambulante que l’on voit partout dans la rue, poussée par une Vietnamienne qui propose une spécialité et une seule. Voire deux, à la rigueur. Il y a donc quelques « stands » qui, là servent un bún thịt nướng chả giò , là, un phở, là une salade au poulet et pomelo ( gỏi gà), là encore toutes sortes de bánh (du centre Vietnam)

 

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A ce jeu-là, quand même, le Nha Hang Ngon est le meilleur. Je n’ai pas parlé de ce restaurant dans mon blog car il est une institution ici et n’a nul besoin de moi pour se faire connaître. Mais je le recommande chaudement. Situé dans une ancienne maison coloniale, entièrement rénovée dernièrement, il propose aussi une très bonne cuisine vietnamienne mais aussi toute une variété de cuisine asiatique (japonaise, coréenne, thaï etc). Un must try... Je ne saurais choisir entre le banh chuoi du Cho An ou celui du Nha Hang Ngon. C’est un gâteau à la banane cuit à l’étouffée dans une feuille de bananier et nappé de crème de coco.

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Le restaurant Nha Hang Ngon

Au dernier étage de l’immeuble, vous trouverez un joli concept store, le Gà ô. L’idée du propriétaire est de proposer des vêtements et des accessoires de grande qualité, fabriqués au Vietnam. Des ao daï (vêtement traditionnel de la femme vietnamienne) de Hoang Thi à la collection masculine de Moi Dien, en passant par les accessoires en cuir de Cao Cuero et les robes légères et féminines de la designeuse Lam, la boutique offre un large choix de très beaux produits. La décoration contemporaine fait de l’endroit, lumineux et sobre, un lieu agréable. Voici les marques que vous pourrez y trouver:

Gà Ô, Áo Dài Hoàng Thị, Authentique, Cao Cuero, Eugenie Darge, Khế, Ladan, Moi Dien, Nha Xinh, Phi Pham, Tim Tay, Toongteeng by Fank, Sir Tailor, Runam Art, Lam Boutique.

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RuNam Tower, 40-42 Pham Boi Chau, district de Ben Thanh. Cho An au 3e étage. Gà ô au 7e étage (de 10 h à 2O h). Et le RuNam café au rez-de-chaussée.

Salon Saigon

Dans la série des derniers nés sur la place des galeries d’art et des rendez-vous culturels, voici Salon Saigon. Dirigé par Sandrine Llouquet, elle-même artiste franco-vietnamienne basée à Hô Chi Minh Ville, le lieu propose de visiter la collection privée du propriétaire, un Viêt-Kieu américain passionné d’art contemporain, ainsi que des expositions temporaires. En ce moment, découvrez Bittersweet Whispers.

Le monde de l’art contemporain s’invente en ce moment-même à Saigon. Après The Factory, ouvert il y a moins d’un an dans le district des expatriés, et Blanc Art Space (dans une rue parallèle à Salon Saigon), ce nouvel espace a choisi un emplacement plus intimiste et en plein coeur d’un quartier vietnamien que j’aime personnellement beaucoup. Face à l’Acoustic Bar que je vous recommande pour ses concerts où se presse la jeunesse vietnamienne, Salon Saigon se trouve tout au bout d’une hem (ruelle) très plaisante.

« Le propriétaire a souhaité en faire un lieu dans l’esprit des salons européens du XVIIIe siècle »

Une décoration très néo-classique attend le visiteur qui trouvera également un espace pour se documenter. La bibliothèque est en cours d’approvisionnement mais vous y trouverez des livres en vietnamien, anglais et français, sur l’art en général, l’art contemporain et l’histoire de l’art ainsi que des ouvrages sur les traditions et la culture vietnamiennes. Salon Saigon souhaite être un reflet de « l’héritage culturel vietnamien et un lieu où peuvent s’exprimer les artistes contemporains », précise Sandrine Llouquet à travers des expositions bien sûr, mais aussi des performances, des conférences, des projections, des programmes éducatifs et des rencontres entre artistes, curateurs, collectionneurs et critiques. L’idée étant de mettre davantage l’accent sur le dessin qui a longtemps été le « parent pauvre » de l’art contemporain mais qui connaît un intérêt grandissant à la fois de la part des collectionneurs mais aussi des curateurs. Au Vietnam, il est encore méconnu mais commence à susciter l’enthousiasme du monde de l’art graphique.

Bittersweet Whispers

Mai-Loan Tu

 

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He sharpened his knife and cut this world/ Mai-Loan Tu

Ce que Mai-Loan Tu est capable de faire avec un stylo plume est impressionnant. Une telle précision et cette légèreté qui ressort de l’oeuvre… Du plus profond de notre inconscient à tous, ces images surgissent simplement. Mai-Loan Tu utilise aussi le cutter pour des oeuvres où les ombres font le dessin autant que le découpage lui-même; Mai-Loan est aussi tatoueuse. Parce que le tatouage se rapproche d’une forme d’art graphique…

Ngo Thi Thuy Duyen

 

C’est la répétition d’un motif floral qui donne à ces oeuvres la vision d’un champ de fleurs où l’abstraction fait référence à la beauté de l’expérience humaine individuelle.

Le Hoang Bich Phuong

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From the center to home/Le Hoang Bich Phuong

Souvenir d’une jeune fille croisée dans un train en Malaisie. Ou comment la mémoire d’un visage s’efface avec le temps…

Le Hoang Bich Phuong est surtout connue au Vietnam pour ses peintures sur soie, études botaniques anthropomorphiques.

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Lilie/Le Hoang Bich Phuong
Salon Saigon est ouvert le mardi au public de 9 h à 18 h et sur rendez-vous uniquement les autres jours de la semaine (fermé le dimanche).

Blanc Art Space

Un nouvel espace d’art contemporain vient d’ouvrir ses portes rue Tu Xuong dans le district 3, face à l’ancienne école française Colette. Au fond d’une cour, Blanc Art Space propose actuellement une exposition de photographies de Phan Quang, intitulée « Recover ».

 

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Longtemps photo-journaliste, Phan Quang, né en 1976 à Binh Dinh, a publié son travail dans de nombreux médias asiatiques et occidentaux, dont le magazine Forbes et le  New York Time. Aujourd’hui davantage tourné vers la photographie d’art contemporain, Phan Quang a réalisé à partir de 2011 un travail remarquable sur une période historique peu connue au Vietnam. Il s’est intéressé à l’occupation japonaise de 1940 à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Et plus particulièrement, aux femmes ayant eu une relation avec des soldats japonais pendant la guerre. Il a retrouvé quelques-unes de ces femmes et leurs enfants issus de ces liaisons longtemps cachées. Ces femmes, pour lesquelles ces relations avaient été consenties (la majorité d’entre elles ne l’ont pas été) et qui s’étaient mariées avec ces soldats, ont espéré le retour de leur mari et père de leur(s) enfant(s) tout comme ces familles vietnamiennes ont toujours souhaité être reconnues au Japon. Mais les Japonais avaient, pour la plupart, déjà, une famille dans leur pays.

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Copyright Phan Quang

Phan Quang, qui a lui-même séjourné au Japon, a ramené un long voile blanc traditionnellement fabriqué dans un petit village près de Kyoto. Il a eu l’idée d’utiliser ce voile, habituellement réservé aux jeunes mariées, pour couvrir (« cover ») les familles qu’il a retrouvées au Vietnam et les prendre en photo dans leur intérieur. Ce voile symbolise à la fois l’intimité de ces familles qu’il voile et dévoile (« Re/cover ») tout à la fois. D’une grande sobriété, ces images ont un caractère émotionnel fort. Certaines femmes posent avec la photo de leur mari défunt. Elles ont su faire face à ce passé tumultueux pour continuer à vivre et élever leurs enfants dans la dignité, alors même qu’elles étaient ostracisées au sein de la société vietnamienne. Comment faire une généralité de toutes ces histoires individuelles? Comment juger ce qui nous échappe?  Ces femmes ont fait la paix avec un passé qui leur appartient.

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Copyright Phan Quang
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Copyright Phan Quang
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Copyright Phan Quang

L’exposition Recover, conçue par le curateur Nguyễn Như Huy, a été présentée à Singapour et à New-York. Phan Quang a obtenu le Sovereign Asian Art Prize en 2015 pour ce travail magnifique.

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Blanc Art Space, 75 D Tu Xuong, District 3, Hô Chi Minh Ville. L’endroit renferme aussi un petit café et bientôt, une bibliothèque de livres d’art contemporain. « Recover » prendra fin le 18 juillet 2016.

Suby One trace la ligne de son horizon

 

Suby One est un graffeur franco-vietnamien, basé à Hô Chi Minh Ville depuis 3 ans. Amoureux du graffiti et de tous les aspects de la culture urbaine, il a ouvert une galerie afin de promouvoir cet art au pays de ses origines.

C’est sa discrétion qui m’a frappée ce jour-là. Pourtant, il était le centre de toutes les attentions lors du vernissage de son exposition Time. Il était l’artiste. L’auteur des oeuvres accrochées aux cimaises du Musée des Beaux-Arts d’Hô Chi Minh Ville. Ce statut aurait dû lui imposer une posture. Une façon d’être que certains artistes en représentation ont vite fait d’assimiler, ici comme ailleurs. Pas lui. Suby One est resté le même. Il est toujours ce petit gars de Vitry-Sur-Seine où il est né voilà 37 ans. Graffeur de son état. Et toutes les strates de sa vie n’y ont rien changé…

 

Je l’ai revu quelques temps après dans l’atelier de son ami, le peintre Laurent Judge. Trang Suby a déroulé le fil d’une histoire dense et colorée. Sombre et lumineuse. Lumineuse avant d’être sombre.

Son histoire, comme tous les Viêt-Kieu (Vietnamiens de l’étranger), débute par un déracinement. Ses parents, originaires de Saigon, quittent le Vietnam en 1977. « Mon grand-père maternel avait la nationalité française. Donc ma mère aussi, ce qui lui a facilité les choses pour émigrer en France. » D’abord à Mulhouse où naît Trang Suby puis très vite à Vitry. De son enfance, il dit comme une évidence: « C’était la banlieue et tout ce qui va avec. La cité, les premiers tags, la bande de potes. Il y avait beaucoup d’immigrés, et parmi les Asiatiques, beaucoup de Laotiens et des Cambodgiens mais mon meilleur copain était tunisien. » Ses parents lui parlent peu de leur histoire personnelle mais lui donne une éducation vietnamienne. « On parlait vietnamien, on mangeait vietnamien, on allait dans le 13e arrondissement pour les fêtes du Têt… Avec mes copains, on comparait nos habitudes de vie. Nos cultures étaient différentes mais on se retrouvait tous en France et on partageait beaucoup. »

Trang commence à tagger vers 13-14 ans. A 15 ans, il s’élance sur les lignes de métro. « C’est un effet de groupe. Le graff, c’est une appartenance. C’est aussi le goût de l’interdit. Pour rentrer dans un dépôt, c’était comme dans les films. Il fallait faire gaffe, aller vite, se cacher. C’était kiffant. Il fallait mettre ton nom, ton pseudonyme partout dans la ville. » Au fil du temps, la typo s’harmonise. Les couleurs apparaissent. Suby One graffe. « A l’époque, tout venait des Etats-Unis. J’adorais Mode 2, né aux USA, arrivé en France plus tard. Il était en avance sur son temps. »

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Graff de Suby One à Hô Chi Minh Ville.

Mais le graffiti est illégal en France. Suby One se fait arrêter une fois. Puis une deuxième. Et pose les bombes pour un temps. « J’ai commencé à passer plus de temps dans la cité et je me suis mis à dealer. » Le reste, Suby One ne le cache pas. Il se fait arrêter pour de bon et passe un an à la prison de Fleury-Mérogis. Il avait à peine 19 ans…

« Mon père est venu me voir une fois, m’a dit ce qu’il avait à me dire et n’est plus revenu. Ma mère m’a rendu visite souvent. Elle travaillait dans une boulangerie du 13e et c’était une vraie galère dans les transports. Je l’ai vue pleurer et je me suis dit que j’avais merdé. Vraiment. » Il n’élude aucune question: « En prison, si tu n’es pas fort mentalement, tu craques. On te met dans un endroit où des tas d’autres gens peuvent t’apprendre des trucs encore plus dingues que ce que tu as fait toi. Mais il faut croire que c’est mon côté vietnamien qui l’a emporté! Quand je suis sorti, j’avais du plomb dans la tête. »

Retour à l’école, avec l’obtention d’un BEP vente. Trang Suby trouve un emploi de barmaid dans un bar huppé des Champs-Elysées. « L’un des propriétaires, sino-malaisien, a ouvert un restaurant à Singapour. J’étais celui qui parlait le mieux anglais. Je suis parti. » Un an après Fleury, le jeune homme est accueilli par son nouveau patron dans une Jaguar à l’aéroport de Singapour… « J’étais bar-manager, en costume Kenzo. Je faisais des photos dans les magazines, je mangeais au Raffles. Un an avant, c’était dans une gamelle… »

L’aventure dure un temps. Il rentre en France et en 2007, un copain lui demande de reprendre la marque de leur groupe. Trang Suby trouve un investisseur, se remet à dessiner, réalise les logos, design tee-shirts et casquettes et s’occupe de la tournée du groupe. En 2011, il participe à une expo de son ancien crew de graffeurs. « J’ai fait des petites toiles, je me suis rendu compte que ça me manquait. Comment j’avais fait pour vivre sans? J’ai commencé à faire de l’abstrait. Je me suis aussi lancé dans la sculpture. Lors de cette expo, j’ai vendu mes deux premières toiles à un amateur d’art. J’étais content parce qu’il n’était pas du milieu. » Suivent une expo solo à Paris; une autre, collective, au Carrousel du Louvre. Trang Suby décide de poursuivre dans cette voie.

2013 sera une année décisive. Il se rend pour la première fois au Vietnam rendre visite avec ses parents à sa grand-mère malade. « Je me suis tout de suite senti bien. J’ai kiffé la nourriture, l’atmosphère, tout… Et je n’ai jamais autant appris sur mes parents et leur histoire que lors de ce voyage. Ils avaient toujours esquivé. Des cases du puzzle se sont remplies. Je suis revenu plus tard pour le mariage d’un ami avec sa copine vietnamienne. C’est là que j’ai vu les premiers tags. Je suis rentré en France pour mieux revenir. » Trang Suby décide de vivre à Hô Chi Minh Ville.

Il explique: « je veux encourager le graffiti dans le pays de mes origines. Je veux mettre le Vietnam sur la carte du graff. Je suis persuadé que la prochaine scène du graff sera en Asie. » Suby One reprend les sprays et se fait connaître. Il ouvre sa galerie de street art, la Giant Step Gallery « pour tous les graffeurs que j’ai croisés et qui ont arrêté parce qu’il faut bien manger. Je leur dis qu’on peut graffer et faire un autre métier à côté. Mais ne surtout pas abandonner. »

Ici, il est chez lui. « Tout est plus simple, plus accessible. J’ai moins de stress qu’en France. Les personnes importantes, celles qui comptent dans le milieu artistique, sont plus abordables. En France, c’est toujours galère de pouvoir les approcher. »

Il sait que le graff n’est pas encore considéré comme un art à part entière au Vietnam comme il l’est désormais en France. « On vit les débuts du street art. Au Vietnam, ça ne date que de 10 ans. Les nouveaux riches Vietnamiens n’achètent pas encore. L’art contemporain commence à se vendre mais pas le graff. Qui sait, le graffiti sera peut-être la prochaine façon de se distinguer des autres collectionneurs en Asie? » 

Trang Suby trace sa route. Il a franchi les frontières de l’art contemporain exposé dans les musées. « Peindre l’abstrait m’est venu naturellement car je ne conçois pas le graffiti sur toile. La place du graff est dans la rue. » Sa dernière exposition, Time, était une réflexion sur le temps qui passe. « J’ai pensé à toutes les étapes de ma vie, les bonnes et les mauvaises. Mes traits de couleur sont des mouvements marquants. Le temps qui passe ne m’effraie pas, ça me motive au contraire. » Il dit vouloir parler à tout le monde. « Ce que je fais est simple à comprendre. Ce n’est pas de l’art conceptuel. Je ne m’adresse pas à une élite parce que je n’en fais pas partie. Le street art, c’est la rue; ça n’appartient à personne. Ou alors à tout le monde. »

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La Craig Thomas Gallery

La Craig Thomas Gallery a ouvert ses portes en 2009. Son directeur, l’Américain Craig Thomas, vit et travaille au Vietnam depuis 1995. Il a commencé à s’intéresser à la scène artistique locale en 2002, en aidant beaucoup de jeunes artistes saigonnais à se lancer sur le marché de l’art. La Craig Thomas Gallery se veut un lieu accessible aux artistes vietnamiens émergents, afin qu’ils puissent diffuser et montrer leurs oeuvres à un plus large public. Basée initialement à quelques kilomètres du centre-ville, la galerie vient de s’enrichir d’une nouvelle adresse plus accessible, au 165 rue Calmette.

Pendant les fêtes du Têt (Nouvel An vietnamien) la semaine dernière, on pouvait notamment y voir les oeuvres de Ngo Van Sac. Né à Hanoi en 1980, il a étudié à l’Université des Beaux-Arts du Vietnam. Il vit et travaille toujours à Hanoi. Le travail ci-dessous représente essentiellement de la gravure sur bois et peinture acrylique sur bois.

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On peut aussi y voir les portraits de Phuong Quoc Tri.  Au Vietnam, l’artiste de 40 ans est devenu incontournable: il est l’un des plus commercialisés à ce jour dans son pays mais aussi au Japon, à Hong-Kong et à Singapour. Ses portraits, au style tout en contraste et joliment contemporain, capturent avec justesse les émotions de ses modèles.

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L’art contemporain en questions

Trois questions à Thanh Ha Mourgue d’Algue, directrice et co-fondatrice de Dia Projects, artiste et collectionneuse d’art. Et figure incontournable de la scène artistique contemporaine au Vietnam.

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Quel est l’objectif de Dia Projects?

Nous souhaitons encourager les conversations et activités créatives à Hô Chi Minh Ville, en particulier dans le domaine de l’art contemporain.

Justement qu’en est-il de l’art contemporain au Vietnam? Il existe finalement peu de lieux et d’espaces créatifs à Hô Chi Minh Ville et à Hanoi. Que peut-on faire pour aider ces artistes à créer et à diffuser?

Le Vietnam fait partie du monde et développe aussi son propre art contemporain. Mais il y a tout à faire ici, offrir des résidences internationales et initier des programmes d’échanges, mettre en place des forums d’art en lien avec les musées internationaux dans les domaines de l’art moderne et de l’art contemporain, apporter des aides financières et de réels soutiens aux institutions et aux espaces d’art indépendants… Mais comme on dit, « less is more » et c’est lorsque nous avons le moins que nous pouvons faire le plus. Dans ce contexte où les moyens manquent, les artistes doivent se surpasser et être encore plus forts.

Qui sont les artistes de cette nouvelle génération ? Que transmettent-ils? D’où viennent-ils? Je vois beaucoup d’artistes de Hanoi dans les expositions présentées ici…

Ils viennent de toutes les régions du Vietnam mais s’installent plus facilement à Hô Chi Minh Ville qu’à Hanoi probablement pour son climat! Vous verrez davantage d’artistes de Hanoi venir s’installer à Saigon que l’inverse. Ils ont tous de multiples sources d’inspiration. Ils cherchent, pour la plupart, à comprendre l’impact de l’Histoire et de la société moderne sur leurs vies, tant physiquement qu’intellectuellement.

Chào Art/Art Chào

Partager un chào, le traditionnel porridge de riz : un « happening » initié par l’artiste Thanh Ha Mourgue d’Algue, au Dia Projects. Ou comment revenir à l’essentiel…

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Le chào est l’un des plats traditionnels vietnamiens consommés bien chaud, du Nord au Sud, en simple soupe ou parfois agrémenté de poulet. Cette semaine, l’artiste et co-fondatrice du Dia Projects, Thanh Ha Mourgue d’Algue, a voulu partager gratuitement un bol de porridge, relevé d’un zeste d’orange, avec tout un chacun, « visiteurs, invités, touristes, voisins, vagabonds… ». Dans un bol de céramique blanche vous est servi un porridge de riz. Choisissez une coupelle avec de la fleur de sel, au fond de laquelle est écrit un message. Une pensée. Une envie.

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Le chào est idéal pour une cure de « detox » et fortifie le corps et l’esprit. « A l’heure de la prolifération des chaînes de fast-food et des produits importés et industrialisés au Vietnam, beaucoup ont vu les conséquences négatives de cette nourriture sur leur santé. » Comme les Occidentaux, les Vietnamiens branchés se sont intéressés aux aliments « detox » et sont donc revenus vers des plats sains de la cuisine vietnamienne comme le chào. Le chào est à la mode. Vive le chào !

Mais l’artiste Thanh Ha n’a pas seulement mis l’accent sur ce nouvel aspect de la société moderne vietnamienne. Outre le pouvoir de guérison de ce plat traditionnel (souvent recommandé quand on est malade), il est aussi le plat du pauvre. L’aliment basique. Durant les périodes de famine qu’a connues le Vietnam, le chào était le plus élémentaire et le plus nourrissant.

Ne pas voir dans ce « happening » une simple métaphore de l’opposition riches-pauvres dans une société qui s’industrialise à vitesse grand V. Thanh Ha, d’un sourire élégant, a souhaité réunir autour d’un simple bol de soupe de riz des individus, d’ici ou d’ailleurs. Les a invités à s’asseoir sur une natte, discuter, échanger, faire une pause. Revenir à l’essentiel.

Le Sophie’s Art Tour

En 2011, la Britannique Sophie Hugues lance le Sophie’s Art Tour. Une visite d’Hô Chi Minh Ville à travers l’art et la culture. En écho à l’histoire du Vietnam…

 

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Il existe mille et une façons originales de visiter Hô Chi Minh Ville. Derrière les tours classiques et conventionnels, vous pouvez choisir l’option Vespa ou l’option culinaire… Vous pouvez aussi choisir l’option artistique, en effectuant le Sophie’s Art Tour. Sophie Hugues, d’abord directrice de la galerie Quynh puis d’un festival de courts-métrages, le Future Shorts, est passionnée d’art et de culture. Son idée est simple mais efficace : « Le Vietnam est un pays fascinant avec une histoire riche et compliquée. L’objectif de ce périple est de mettre en lumière cette histoire grâce aux artistes qui l’ont vécue au plus profond d’eux-mêmes, à travers leurs œuvres. »

Pendant plusieurs mois, la jeune femme se documente, lit beaucoup, cherche les galeries, musées et autres lieux susceptibles de donner un sens à cette visite, rencontre artistes, curateurs, propriétaires de galeries… et finit par mettre en place cette visite de 4 heures dans différents endroits de la ville.

Rendez-vous est pris donc, à 9 heures, au Gao restaurant. Ce jour-là, nous ferons la visite avec un couple de touristes australiens et une jeune Canadienne. C’est Stu Palmer qui sera notre guide. Le tour se découpe en quatre chapitres : le temps de la colonisation française et son influence sur la tradition des beaux-arts au Vietnam, les guerres d’Indochine et « l’art de combat », l’après 1975 et la scène artistique contemporaine apparue après le Doï Moi de 1986. Stu Palmer commence par planter le décor et remonte dans le temps, à l’arrivée des Français. Où l’on apprendra beaucoup sur L’Ecole supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine, fondée par Victor Tardieu, un peintre français à l’esprit humaniste, et son ami, le peintre vietnamien Nguyen Nam Son.

Direction le musée Duc Minh, une galerie d’art privée : le propriétaire a collectionné une centaine d’œuvres dont certaines remarquables, mêlant l’influence française de cette première moitié du XXe siècle à des techniques traditionnelles vietnamiennes. Au Musée des Beaux-Arts d’Hô Chi Minh Ville, dans le très beau bâtiment colonial aux influences chinoises, il sera question de propagande et d’art au combat. Peindre sur le front constituait tout autant un acte de bravoure qu’un moyen de propagande évident. A tel point que les chefs de guerre décidèrent finalement de ramener les artistes vers l’arrière pour éviter qu’ils ne soient tous tués. L’art, qui servit à la propagande, fut fortement influencé par ce qui se faisait déjà en Chine et en Russie. A une différence près : chaque œuvre, au Vietnam, était signée par son auteur.

Petit passage par la galerie Antique Street, à deux pas du musée, où l’on découvre une sélection de 15 oeuvres humanistes de Nguyen Thi Hien réalisées entre 1967 et 1969 et réunies dans l’exposition Some things remain (exposition temporaire)L’artiste, née en 1946 dans la province de Bac Ninh dans le nord du Vietnam, a commencé à peindre à l’âge de 8 ans. C’est l’une des peintres les plus renommées de sa génération. L’oeuvre ci-dessous, l’une de ses préférées, représente une femme-soldat, apparaissant comme forte et déterminée. Les femmes ont payé un lourd tribu lors des deux guerres contre les Français puis contre les Américains. Ce portrait est magnifique. Il est un hommage à l’âme féminine vietnamienne.

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Dân quân (Jeune femme-soldat) par Nguyen Thi Hien à l’Antique Street galerie, 38 Le Cong Kieu, district 1.

Retour au Musée des Beaux-Arts. Après 1975, les artistes donnent à voir la reconstruction du pays et la nostalgie du temps passé. Car le Vietnam est exsangue mais toutes les œuvres ne reflètent pas la réalité. La misère et la famine ? L’art dissimule aussi parfois… Après la guerre, le gouvernement se rend compte de ce que les femmes, et surtout les mères, ont souffert. Leurs fils ont été décimés. Que reste-t-il à une mère sans ses enfants? Il décide de leur octroyer une médaille pour chaque fils tombé sur le front… Une campagne qui fait le tour du pays. Cette Heroïc mother (Mère courage, dirait-on) est saisissante de dignité. Mais le sourire a disparu.

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Heroïc Mother, de Tran Thi Hong.

En 1986, l’ouverture économique, le fameux Doi Moi, ouvre une nouvelle ère qui se reflètera sur la scène artistique vietnamienne. L’art abstrait, la photographie, les installations vidéo… Direction la galerie Sàn Art, lieu de vie culturelle majeur à Ho Chi Minh Ville. Plus qu’une galerie et un centre de ressources, c’est surtout un laboratoire de recherche artistique et un lieu de résidence pour les jeunes artistes vietnamiens. Sophie Hugues est formelle : « Il est essentiel d’aider et de supporter ces artistes dont les œuvres sont le miroir du monde dans lequel on vit. Ils nous offrent un point de vue sur une nation en perpétuelle évolution. Aujourd’hui, il n’y a qu’une poignée de lieux qui aident et accueillent l’art contemporain. Les artistes vietnamiens doivent se battre pour s’exprimer. Mais nous vivons une période excitante pleine de défis ! »

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Galerie Sàn Art.

Forte du succès du Sophie’s Art Tour à Hô Chi Minh Ville, la jeune femme a lancé la formule à Hanoi en octobre dernier. « Deux guides animent la visite en alternance : un artiste-curateur vietnamien, créateur de la galerie Manzi et une Autrichienne, fondatrice d’un magazine culturel en ligne à Hanoi. Ils sont tous les deux très impliqués dans le monde artistique de la capitale vietnamienne. » Sophie ajoute qu’elle souhaite proposer prochainement ces deux tours en français (aujourd’hui en anglais uniquement).

Que vous soyez ou non fans d’art, touristes, expatriés, juste curieux, ce tour offre bien plus. Sortir des sentiers battus et comprendre.

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Le Vietnam en format court

François Leroy et Stéphanie Lansaque réalisent des courts-métrages inspirés du Vietnam et sa société. Leurs films d’animation sont d’une grande beauté esthétique et d’un réalisme saisissant.

 

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Une étincelle. Lorsque François Leroy et Stéphanie Lansaque se rendent pour la première fois au Vietnam en 2002, ils tombent sous le charme d’un pays qui ne cessera de les rappeler à lui. « C’était un voyage touristique de 3 semaines, se souvient Stéphanie. Nous nous sommes sentis à l’aise de suite. Il y avait quelque chose de familier. Toute cette vitalité, ces gens attachants… » A l’époque, François est encore étudiant à la prestigieuse Ecole des Gobelins à Paris. Stéphanie, après être passée par la section Design et textile de l’école Olivier de Serres, est graphiste.

Comme une évidence, les deux artistes décident de se lancer dans le film d’animation, inspiré par le Vietnam. Ils reviennent plusieurs mois à Hô Chi Minh Ville et à Hanoi. Commencé en 2003, achevé en 2005, leur premier court-métrage, Bonsoir Mr Chu, annonce d’emblée un style qui leur est personnel : le film superpose des techniques mixtes, de dessin manuel et de dessin numérique, en y ajoutant de la vidéo et de la photo. Il leur faut un an et demi pour fabriquer un court-métage. Au fil des années, ils ont développé leurs propres logiciels qui leur accordent une plus grande mobilité. Ils passent ainsi entre 4 et 6 mois par an au Vietnam. « Installés dans la rue à siroter un cafe dà, on observe. On discute aussi pas mal, on a beaucoup appris », assure François. Ils parlent le vietnamien qu’ils ont appris, entre autres, grâce à la propriétaire de la guesthouse où ils posent leurs valises chaque fois qu’ils viennent à Hô Chi Minh Ville. « Tintin en vietnamien, ça marche aussi! » Ils se disent « intégrés. On ne fréquente pas l’élite, précise François. D’ailleurs, nos films parlent de ces gens que l’on voit dans la rue. C’est leur quotidien qui nous intéresse. »

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Bonsoir Mr Chu
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Fleuve rouge

Stéphanie ajoute : « Pour Bonsoir Mr Chu, nous ne connaissions pas encore assez bien le pays, on ne pouvait pas s’attaquer à des sujets sociaux. Nous nous sommes inspirés de contes traditionnels. » Leur deuxième court-métrage, Mei Ling se déroule en huit-clos dans un appartement de Hong-Kong. La jeune femme attend son amant, alanguie sur son lit, sous les yeux d’un poulpe qu’elle aura adopté pour tromper son ennui. Le court-métrage, sélectionné dans 24 festivals autour du monde recevra autant de prix. Suivront Fleuve rouge en 2012, leur film le plus politique et Café froid en 2015, tous primés également. Café froid se penche sur le destin d’une jeune fille, à Hô Chi Minh Ville, qui perd sa mère dans un accident et se voit contrainte de reprendre le café familial tout en abandonnant ses études. Le film dévoile une atmosphère lourde et oppressante pour s’achever dans une violence sans fard.

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Mei Ling

« Nous avons développé une approche presque documentaire, explique Stéphanie. On veut surtout éviter le mélo quand on aborde des sujets graves. Dans Café froid, la vie est dure. Parce qu’elle l’est pour des millions de Vietnamiens. La violence psychologique, les conditions de vie difficiles, travailler toujours et encore, le jour, la nuit… C’est la réalité. »

Leurs films sont d’une grande beauté esthétique. Derrière une palette de couleur dominée par le rouge (l’influence chinoise), le vert (la végétation luxuriante et les rizières), le doré (« cette lumière chaude, surtout à Hanoi où elle est encore plus jaune ») et le bleu (« ce bleu magnifique du ciel au crépuscule, entre chiens et loups »), il y a les jeux de lumière: « nous faisons beaucoup de nuit américaine ». Il y a aussi les détails graphiques d’un carrelage ancien, le mouvement délicat d’une libellule aux ailes translucides, le souffle léger d’un courant d’air dans une chevelure noire de jais… Et la musique. Tout y est. Le Vietnam est là. Beau et troublant.

François Leroy et Stéphanie Lansaque préparent un cinquième court-métrage, Cadavre exquis, racontant les errances d’un chien dans le vieux quartier de Hanoi. Ils travaillent également sur un long-métrage dont l’histoire débute au Vietnam et se termine au Cambodge. A suivre…