De la Bretagne à Saigon sans billet de retour

Ils ont posé leurs valises à Saigon. Thomas et Amélie Huynh Le Maux se sont installés au Vietnam en 2016 où ils assurent vivre une expérience unique. Ils vivent d’opportunités et d’envies dans une ville en plein boom économique.

Ils ont manqué l’édition 2016 du festival Art Rock à Saint-Brieuc. C’était bien la première fois depuis des années que Thomas et Amélie Huynh Le Maux n’y assistaient pas. Et pour cause : le couple de Briochins s’était envolé pour Hô Chi Minh Ville 6 mois auparavant sans billet de retour. Ils ont bien tenté de suivre le festival via Facebook. Mais le réseau social était plus ou moins censuré pour ne pas faire écho aux manifestations exceptionnelles qui défilaient alors dans les rues de la capitale économique du Vietnam. Assis devant un caphe sua dà, Thomas sourit. Le jeune homme de 33 ans constate que plus rien ne sera désormais comme avant…

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Avant, c’était la France, entre Saint-Brieuc et Paris. Thomas est né d’un père vietnamien et d’une mère bretonne.

« Papa est issu d’une famille de Saigon  dont les enfants ont fait leurs études en France. Il est parti avant 1975 et la victoire du Nord. Il a rencontré ma mère à Paris puis ils se sont installés à Saint-Brieuc. Quand j’ai eu 10 ans, il a commencé à passer un mois sur deux au Vietnam où il avait une entreprise de confection de vêtements. J’ai été élevé par ma mère. Je me sens plus Breton que Vietnamien ! »

Mais comme tous les Eurasiens, Thomas s’est un jour posé la question de ses origines : «Vers 15-16 ans, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ma famille au Vietnam. J’avais 10 ans quand j’y suis allé pour la première fois. »

De son côté, Amélie est la fille unique d’un couple qui vit à Plaintel. C’est dans la station balnéaire du Val-André que les deux jeunes gens se rencontrent en 2003, avant de s’installer à Paris quelques années plus tard où Amélie prépare une thèse de biologie tandis que Thomas travaille comme intermittent du spectacle.

En 2008, ils partent au Vietnam, sac au dos, pour un mois. C’est sans doute à ce moment-là que leur vie bascule. « C’était la première fois que je visitais vraiment le Vietnam des campagnes », raconte Thomas. Delta du Mékong, Cambodge, puis retour au Vietnam et un trajet mémorable en train pour remonter jusqu’à Hanoi, en terminant par un trip en moto jusqu’aux montagnes du Nord. « Nous sommes partis avec l’agence d’un de mes cousins à Hanoi dans un village de l’ethnie Dao. Nous avons dormi chez l’habitant. C’était simple mais tellement vrai. Je me vois encore repeindre les chaises de l’école du village. Je me suis dit que j’adorais ce pays. » 

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L’idée de partir a germé peu de temps après. « On ne voulait pas avoir des enfants à Paris, explique Amélie. Le côté individualiste de la vie parisienne nous pesait aussi. Le Vietnam s’est imposé naturellement pour Thomas et pour moi aussi, après notre voyage en 2008.» La famille du jeune homme à Saigon leur a beaucoup facilité leur arrivée : « on n’avait plus qu’à poser nos valises ! »

Pourtant, le grand saut effraie. Il fallait mettre de l’argent de côté. Thomas travaillait dans le casting sans grande passion. Amélie précise : « Il avait surtout peur de me voir quitter mon boulot dans l’industrie pharmaceutique. » Il approuve, encore tout étonné de leur audace : « Amélie est une grande bosseuse. Je l’ai vue préparer sa thèse, puis la soutenir. J’étais fier. Je me suis dit que je ne pouvais pas lui demander de tout quitter. Et si on se plantait ? » Elle poursuit : « Je vois mes compétences comme des briques que j’empile. Aujourd’hui, on a plusieurs métiers. Si je n’étais pas partie vivre à l’étranger, j’aurais été frustrée ! »

Quelques semaines après son arrivée, Amélie s’est très vite retrouvée responsable communication de la première édition du festival Saigonella, quand Thomas a été, lui, propulsé vidéaste. « On attendait 600 personnes, on en a eu 1500 ! »

 

« En France, j’avais fait une école de réalisation audiovisuelle, explique Thomas. Mais j’étais fiché « casting ». Impossible d’en sortir. Ici, on m’a fait confiance. On ne te met pas dans une case d’où tu ne peux plus sortir. »

En 2017, ils ont créé FMR (For many Reasons) pour soutenir l’art à Saigon. Hors des galeries, FMR conçoit et organise des événements artistiques multidisciplinaires.

« Un lieu unique, un thème original, une soirée éphémère: c’est la combinaison d’un événement FMR, précise Amélie. C’est aussi un réseau d’artistes et une société d’event outsourcing pour tous les lieux d’HCMC qui ont besoin de concepts, d’events et de stratégie communication pour se démarquer. »

Vidéo Old Saigon by FMR (images d’Adrien Plate et montage Thomas Huynh).

Avec un réseau d’artistes bien étoffé maintenant, le couple organise ponctuellement des événements qui mêlent à la fois la musique, la danse, les arts visuels et décoratifs, le théâtre… La ville de 10 millions d’habitants commence à se faire une place au soleil parmi les capitales d’Asie du sud-est, en matière d’art contemporain. Une place encore petite et à l’ombre de ses voisines, Hong-Kong ou Singapour. Censure vietnamienne oblige.

Les deux Briochins assurent que la France ne leur manque pas, ils se sont fait des amis très vite. « Et j’ai des discussions plus longues sur Skype avec des copains que je croisais seulement auparavant », constate Amélie. Thomas, quant à lui, regrette amèrement de ne pas avoir travaillé son anglais à l’école : « J’aimerais dire à tous les petits Français : bossez votre anglais, c’est indispensable pour voyager ! » Le couple apprend le vietnamien. Thomas, cette fois, est assidu. « Je serai vraiment fier le jour où j’aurai une discussion en vietnamien avec mon père. »  Plus rien ne sera comme avant.

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FMR, c’est aussi Saigonettes Social Club – International Ladies events, le festival Saigonella pour une prochaine édition en 2018 et de nombreuses collaborations  venir.

 

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4 réflexions au sujet de « De la Bretagne à Saigon sans billet de retour »

  1. Génial, quel parcours et quels beaux projets vous portez! Le Vietnam est vraiment super pour cela aussi. Je regrette seulemene de vous découvrir maintenant! Ma fille aînée est venue 2 mois faire un stage avant son master de médiation et d’ingénierie culturelle et recherchait ce type de projets et de gens comme vous! À quand les prochains events? Merci encore pour cette belle énergie. Marie-Laure

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  2. Beau parcours de jeunes gens qui foncent dans l’avenir avec beaucoup d’audace !
    J’aurai plaisir à les rencontrer lors de mon prochain séjour en octobre a Saigon.

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