La Craig Thomas Gallery

La Craig Thomas Gallery a ouvert ses portes en 2009. Son directeur, l’Américain Craig Thomas, vit et travaille au Vietnam depuis 1995. Il a commencé à s’intéresser à la scène artistique locale en 2002, en aidant beaucoup de jeunes artistes saigonnais à se lancer sur le marché de l’art. La Craig Thomas Gallery se veut un lieu accessible aux artistes vietnamiens émergents, afin qu’ils puissent diffuser et montrer leurs oeuvres à un plus large public. Basée initialement à quelques kilomètres du centre-ville, la galerie vient de s’enrichir d’une nouvelle adresse plus accessible, au 165 rue Calmette.

Pendant les fêtes du Têt (Nouvel An vietnamien) la semaine dernière, on pouvait notamment y voir les oeuvres de Ngo Van Sac. Né à Hanoi en 1980, il a étudié à l’Université des Beaux-Arts du Vietnam. Il vit et travaille toujours à Hanoi. Le travail ci-dessous représente essentiellement de la gravure sur bois et peinture acrylique sur bois.

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Having a rest 1
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Sunday

 

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Having a rest 3
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Across

On peut aussi y voir les portraits de Phuong Quoc Tri.  Au Vietnam, l’artiste de 40 ans est devenu incontournable: il est l’un des plus commercialisés à ce jour dans son pays mais aussi au Japon, à Hong-Kong et à Singapour. Ses portraits, au style tout en contraste et joliment contemporain, capturent avec justesse les émotions de ses modèles.

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My Wife 1
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L’art contemporain en questions

Trois questions à Thanh Ha Mourgue d’Algue, directrice et co-fondatrice de Dia Projects, artiste et collectionneuse d’art. Et figure incontournable de la scène artistique contemporaine au Vietnam.

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Quel est l’objectif de Dia Projects?

Nous souhaitons encourager les conversations et activités créatives à Hô Chi Minh Ville, en particulier dans le domaine de l’art contemporain.

Justement qu’en est-il de l’art contemporain au Vietnam? Il existe finalement peu de lieux et d’espaces créatifs à Hô Chi Minh Ville et à Hanoi. Que peut-on faire pour aider ces artistes à créer et à diffuser?

Le Vietnam fait partie du monde et développe aussi son propre art contemporain. Mais il y a tout à faire ici, offrir des résidences internationales et initier des programmes d’échanges, mettre en place des forums d’art en lien avec les musées internationaux dans les domaines de l’art moderne et de l’art contemporain, apporter des aides financières et de réels soutiens aux institutions et aux espaces d’art indépendants… Mais comme on dit, « less is more » et c’est lorsque nous avons le moins que nous pouvons faire le plus. Dans ce contexte où les moyens manquent, les artistes doivent se surpasser et être encore plus forts.

Qui sont les artistes de cette nouvelle génération ? Que transmettent-ils? D’où viennent-ils? Je vois beaucoup d’artistes de Hanoi dans les expositions présentées ici…

Ils viennent de toutes les régions du Vietnam mais s’installent plus facilement à Hô Chi Minh Ville qu’à Hanoi probablement pour son climat! Vous verrez davantage d’artistes de Hanoi venir s’installer à Saigon que l’inverse. Ils ont tous de multiples sources d’inspiration. Ils cherchent, pour la plupart, à comprendre l’impact de l’Histoire et de la société moderne sur leurs vies, tant physiquement qu’intellectuellement.

Chào Art/Art Chào

Partager un chào, le traditionnel porridge de riz : un « happening » initié par l’artiste Thanh Ha Mourgue d’Algue, au Dia Projects. Ou comment revenir à l’essentiel…

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Le chào est l’un des plats traditionnels vietnamiens consommés bien chaud, du Nord au Sud, en simple soupe ou parfois agrémenté de poulet. Cette semaine, l’artiste et co-fondatrice du Dia Projects, Thanh Ha Mourgue d’Algue, a voulu partager gratuitement un bol de porridge, relevé d’un zeste d’orange, avec tout un chacun, « visiteurs, invités, touristes, voisins, vagabonds… ». Dans un bol de céramique blanche vous est servi un porridge de riz. Choisissez une coupelle avec de la fleur de sel, au fond de laquelle est écrit un message. Une pensée. Une envie.

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Le chào est idéal pour une cure de « detox » et fortifie le corps et l’esprit. « A l’heure de la prolifération des chaînes de fast-food et des produits importés et industrialisés au Vietnam, beaucoup ont vu les conséquences négatives de cette nourriture sur leur santé. » Comme les Occidentaux, les Vietnamiens branchés se sont intéressés aux aliments « detox » et sont donc revenus vers des plats sains de la cuisine vietnamienne comme le chào. Le chào est à la mode. Vive le chào !

Mais l’artiste Thanh Ha n’a pas seulement mis l’accent sur ce nouvel aspect de la société moderne vietnamienne. Outre le pouvoir de guérison de ce plat traditionnel (souvent recommandé quand on est malade), il est aussi le plat du pauvre. L’aliment basique. Durant les périodes de famine qu’a connues le Vietnam, le chào était le plus élémentaire et le plus nourrissant.

Ne pas voir dans ce « happening » une simple métaphore de l’opposition riches-pauvres dans une société qui s’industrialise à vitesse grand V. Thanh Ha, d’un sourire élégant, a souhaité réunir autour d’un simple bol de soupe de riz des individus, d’ici ou d’ailleurs. Les a invités à s’asseoir sur une natte, discuter, échanger, faire une pause. Revenir à l’essentiel.

Le Sophie’s Art Tour

En 2011, la Britannique Sophie Hugues lance le Sophie’s Art Tour. Une visite d’Hô Chi Minh Ville à travers l’art et la culture. En écho à l’histoire du Vietnam…

 

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Il existe mille et une façons originales de visiter Hô Chi Minh Ville. Derrière les tours classiques et conventionnels, vous pouvez choisir l’option Vespa ou l’option culinaire… Vous pouvez aussi choisir l’option artistique, en effectuant le Sophie’s Art Tour. Sophie Hugues, d’abord directrice de la galerie Quynh puis d’un festival de courts-métrages, le Future Shorts, est passionnée d’art et de culture. Son idée est simple mais efficace : « Le Vietnam est un pays fascinant avec une histoire riche et compliquée. L’objectif de ce périple est de mettre en lumière cette histoire grâce aux artistes qui l’ont vécue au plus profond d’eux-mêmes, à travers leurs œuvres. »

Pendant plusieurs mois, la jeune femme se documente, lit beaucoup, cherche les galeries, musées et autres lieux susceptibles de donner un sens à cette visite, rencontre artistes, curateurs, propriétaires de galeries… et finit par mettre en place cette visite de 4 heures dans différents endroits de la ville.

Rendez-vous est pris donc, à 9 heures, au Gao restaurant. Ce jour-là, nous ferons la visite avec un couple de touristes australiens et une jeune Canadienne. C’est Stu Palmer qui sera notre guide. Le tour se découpe en quatre chapitres : le temps de la colonisation française et son influence sur la tradition des beaux-arts au Vietnam, les guerres d’Indochine et « l’art de combat », l’après 1975 et la scène artistique contemporaine apparue après le Doï Moi de 1986. Stu Palmer commence par planter le décor et remonte dans le temps, à l’arrivée des Français. Où l’on apprendra beaucoup sur L’Ecole supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine, fondée par Victor Tardieu, un peintre français à l’esprit humaniste, et son ami, le peintre vietnamien Nguyen Nam Son.

Direction le musée Duc Minh, une galerie d’art privée : le propriétaire a collectionné une centaine d’œuvres dont certaines remarquables, mêlant l’influence française de cette première moitié du XXe siècle à des techniques traditionnelles vietnamiennes. Au Musée des Beaux-Arts d’Hô Chi Minh Ville, dans le très beau bâtiment colonial aux influences chinoises, il sera question de propagande et d’art au combat. Peindre sur le front constituait tout autant un acte de bravoure qu’un moyen de propagande évident. A tel point que les chefs de guerre décidèrent finalement de ramener les artistes vers l’arrière pour éviter qu’ils ne soient tous tués. L’art, qui servit à la propagande, fut fortement influencé par ce qui se faisait déjà en Chine et en Russie. A une différence près : chaque œuvre, au Vietnam, était signée par son auteur.

Petit passage par la galerie Antique Street, à deux pas du musée, où l’on découvre une sélection de 15 oeuvres humanistes de Nguyen Thi Hien réalisées entre 1967 et 1969 et réunies dans l’exposition Some things remain (exposition temporaire)L’artiste, née en 1946 dans la province de Bac Ninh dans le nord du Vietnam, a commencé à peindre à l’âge de 8 ans. C’est l’une des peintres les plus renommées de sa génération. L’oeuvre ci-dessous, l’une de ses préférées, représente une femme-soldat, apparaissant comme forte et déterminée. Les femmes ont payé un lourd tribu lors des deux guerres contre les Français puis contre les Américains. Ce portrait est magnifique. Il est un hommage à l’âme féminine vietnamienne.

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Dân quân (Jeune femme-soldat) par Nguyen Thi Hien à l’Antique Street galerie, 38 Le Cong Kieu, district 1.

Retour au Musée des Beaux-Arts. Après 1975, les artistes donnent à voir la reconstruction du pays et la nostalgie du temps passé. Car le Vietnam est exsangue mais toutes les œuvres ne reflètent pas la réalité. La misère et la famine ? L’art dissimule aussi parfois… Après la guerre, le gouvernement se rend compte de ce que les femmes, et surtout les mères, ont souffert. Leurs fils ont été décimés. Que reste-t-il à une mère sans ses enfants? Il décide de leur octroyer une médaille pour chaque fils tombé sur le front… Une campagne qui fait le tour du pays. Cette Heroïc mother (Mère courage, dirait-on) est saisissante de dignité. Mais le sourire a disparu.

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Heroïc Mother, de Tran Thi Hong.

En 1986, l’ouverture économique, le fameux Doi Moi, ouvre une nouvelle ère qui se reflètera sur la scène artistique vietnamienne. L’art abstrait, la photographie, les installations vidéo… Direction la galerie Sàn Art, lieu de vie culturelle majeur à Ho Chi Minh Ville. Plus qu’une galerie et un centre de ressources, c’est surtout un laboratoire de recherche artistique et un lieu de résidence pour les jeunes artistes vietnamiens. Sophie Hugues est formelle : « Il est essentiel d’aider et de supporter ces artistes dont les œuvres sont le miroir du monde dans lequel on vit. Ils nous offrent un point de vue sur une nation en perpétuelle évolution. Aujourd’hui, il n’y a qu’une poignée de lieux qui aident et accueillent l’art contemporain. Les artistes vietnamiens doivent se battre pour s’exprimer. Mais nous vivons une période excitante pleine de défis ! »

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Galerie Sàn Art.

Forte du succès du Sophie’s Art Tour à Hô Chi Minh Ville, la jeune femme a lancé la formule à Hanoi en octobre dernier. « Deux guides animent la visite en alternance : un artiste-curateur vietnamien, créateur de la galerie Manzi et une Autrichienne, fondatrice d’un magazine culturel en ligne à Hanoi. Ils sont tous les deux très impliqués dans le monde artistique de la capitale vietnamienne. » Sophie ajoute qu’elle souhaite proposer prochainement ces deux tours en français (aujourd’hui en anglais uniquement).

Que vous soyez ou non fans d’art, touristes, expatriés, juste curieux, ce tour offre bien plus. Sortir des sentiers battus et comprendre.

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