An Ordinary City

Il y a des rencontres anodines et drôles, polies mais sans suite. Et il y a des rencontres qui sont tout sauf ça. J’ai rencontré Myriem Alnet dans un avion entre la France et le Vietnam. Lorsqu’elle a commencé à me parler d’An Ordinary City, j’ai compris qu’elle était l’initiatrice des projections de films  au Yoko Bar chaque lundi soir. Sa démarche est intelligente, généreuse et inspirante. 

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© Peter Le – peterlephotography.com

La première fois que je suis allée au Yoko, c’était il y a 6 ans, à mon arrivée à Saigon. A ce moment-là, peu d’endroits proposaient des concerts live, surtout du rock et de la pop, à part l’Acoustic Bar. Et même s’il s’agissait souvent des reprises, le Yoko constituait un bol d’air musical. Et puis l’endroit a fermé. Puis réouvert il y a peu, avec une nouvelle équipe et un lieu rénové. C’est là que vous découvrirez chaque lundi soir An Ordinary City.

Myriem, quel est ton parcours et qu’est-ce donc qu’An Ordinary City? 

Je suis urbaniste avec un background en sciences politiques et relations internationales. C’est le Printemps arabe qui m’a amenée à m’intéresser aux questions urbaines (précisons que la mère de Myriem est marocaine) : comment la ségrégation socio-spatiale a nourri les révoltes et quid de la reconstruction des villes arabes après les révolutions politiques ? Au cours de mon Master en urbanisme à Londres (Bartlett School of Planning), j’ai commencé à m’intéresser aux représentations qu’on appose aux villes « en développement », aux exigences auxquelles des villes comme Casablanca, Hô Chi Minh Ville, Luanda doivent répondre pour « figurer sur la carte du monde » . Je me suis surtout rendue compte qu’on les perçoit toujours dans une perspective « développementiste », autrement dit, qu’elles ne seront jamais vues pour ce qu’elles sont (des lieux de forte potentialité créative, d’intelligence sociale collective élevée) mais par rapport à des modèles fixes et autoproclamés (les traditionnelles Londres, New York, Paris…). Je voulais sortir de cette perspective et apprécier ces villes pour ce qu’elles sont, à l’échelle humaine, dans leur quotidien… ordinaire.

« An Ordinary City – une ville ordinaire – c’est véritablement sortir de cette course vers l’extraordinaire, le « toujours plus » (hauts buildings, rentabilité, etc), pour s’intéresser à ce qui fait cité, à ceux qui font la ville – à savoir l’âme des cités, à savoir leurs citadin/es. »

An Ordinary City est donc une initiative que j’ai initiée en 2015 pour échanger sur les villes, partager ces expériences urbaines ordinaires et promouvoir une meilleure connaissance de sujets liés à la vie de nos cités – urbanisme, architecture, sciences sociales – à travers des médias culturels. Les Movie Nights hebdomadaires sont une manière d’échanger sur ces villes via un format divertissant.

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Frances Ha, un film de Noah Baumbach.

Comment et pourquoi as-tu initié ces projections ?

Hô Chi Minh est une ville qui bouillonne, se transforme très rapidement et je trouve que beaucoup de films y font écho et nous permettent de prendre du recul sur ces mutations, envisager leurs conséquences. En intervenant en tant que professeure invitée à Bac Khoa University (Université « polytechnique » de Hô Chi Minh Ville) auprès des étudiants en architecture, je me suis rendue compte que ce fonds culturel était méconnu et très difficilement accessible. J’ai donc simplement voulu ouvrir un espace de culture pour offrir à ceux qui le souhaitent de voir un cinéma autre que celui des blockbusters, omniprésent ici. Un cinéma, si ce n’est critique envers, au moins inspiré de notre environnement urbain. Inspirer, donner de la matière à réfléchir dans le meilleur des cas; créer une nouvelle opportunité de divertissement au minimum.

Le public? Je veux vraiment offrir ces films aux Vietnamiens. Pour cela, je travaille le sous-titrage des films en vietnamien. J’ai la chance d’avoir quelques étudiants intéressés par cet exercice de traduction : quand je ne trouve pas de sous-titre en ligne, ce sont eux qui les font ! C’est un point essentiel pour moi. De même, les projections sont gratuites : je veux garder cette opportunité culturelle accessible à tous.

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Only Lovers Left Alive un film de Jim Jarmush.

Quels sont tes critères de choix?

Le critère numéro 1, c’est ce lien avec la ville, avec notre condition urbaine. Dans chacun des films, on peut lire, de manière plus ou moins directe, une question urbaine : voisinage dans le Hong-Kong de Wong Kar-Wai, régénération urbaine dans Tekkonkinkreet, ségrégation socio-spatiale dans City of God, la tour d’habitation dans High-Rise… Le cinéma que je présente est plutôt indépendant, je veux proposer des films qui ne passeront pas dans les méga-complexes. Il m’arrive de passer de grosses productions comme Blade-Runner (Ridley Scott, 1982), qui reste une référence dans le domaine, ou peut-être bientôt un Woody Allen, mais ça reste relativement rare.

Il y a des films plus difficiles d’accès que je trouve pertinents. Il s’agit de diluer leur diffusion sur le long terme, avec d’autres genres. Par exemple, le 24 City de Jia Zhangkhe est très intéressant mais vraiment long et quelque peu assommant! Je l’ai donc casé entre La Haine (Kassovitz, 1995) et After Hours (Scorsese, 1985).

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La Haine de Matthieu Kassovitz.

« J’essaye de diversifier les formats, genres et origines. J’ai pu observer que les films asiatiques attirent les foules, mais je veux garder cette perspective internationale. »

Pourquoi le Yoko ?

Le Yoko est un café bar du district 3 tenu par deux membres du groupe TOFU Band, To Phu, la chanteuse et Hoai Anh, guitariste. Tous les autres soirs de la semaine, ils organisent des concerts, open-mic, soirées musique. Ils font partie de cette scène musicale alternative qui nous change les oreilles de l’EDM ambiante… C’est reposant. Les gens qui y vont sont plutôt jeunes, ça varie de la petite vingtaine pour les amateurs de métal à…. bien plus en fonction des soirs !

En journée et soirée, les playlists de fond sont sympas, de l’électro-indie-pop, ma culture musicale, donc je m’y retrouve. En termes d’espaces, le lieu a aussi été fait par un architecte et on sent le geste réfléchi : les choses sont là où elles doivent être, la décoration est harmonieuse et il s’y dégage une atmosphère agréable. Mais j’y suis arrivée par hasard. Je cherchais un bar qui pouvait accueillir plus de 30 personnes assises sans que ce ne soit trop désagréable et qui n’était pas trop cher (je pensais encore à mes étudiants !). Une amie qui connait To Phu m’a suggéré d’aller la voir. Et ça s’est fait tout seul…

 

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Mon coup de coeur pour les sacs de Valérie Cordier

Les sacs et les pochettes de Valérie Cordier Paris-Hanoï ont un truc en plus. Colorés, associant cuir, matériaux de récupération et tissus ethniques, ils sont gais et pratiques. A Saigon, on ne présente plus la créatrice française. Vous ne la connaissez pas? La voici.

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© Emmanuel Hubert

Elle me reçoit dans son atelier, à Thao Dien, Hô Chi Minh Ville.  Un large sourire illumine son visage. Au milieu des tissus, échantillons de cuir, rubans et autre passementerie, elle prépare son nouveau départ. A 39 ans, cette globe-trotteuse s’apprête à quitter le Vietnam pour s’installer au Japon avec son mari. « Mais j’ai prévu de revenir souvent. Je continuerai à fabriquer ici. »

Originaire de Bordeaux, Valérie Cordier a quitté la France à 22 ans, après un bac littéraire et des études à l’école ESMOD, spécialisation costumes de scène. Est-ce parce que son père australien, lui a donné le goût de l’ailleurs très tôt? C’est en tout cas vers l’Australie qu’elle décide de s’envoler avec un visa d’un an pour un « working holiday ». A Sydney où elle travaille sur les costumes pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. « C’était un travail énorme mais hyper sympa. Il y avait des personnes qui venaient de partout, des couturiers, des designers. Tous les métiers de l’art réunis. »

De retour en France, elle tente de trouver un job dans la conception et la fabrication des costumes, à Paris. Elle fera un passage à l’Opéra Garnier dans l’atelier de confection. Et en 2002, elle répond à une annonce du programme Mobile Asie pour un stage remunéré au Vietnam.  » Je voulais repartir. C’était un stage de 6 mois chez Ipa-Nima, une entreprise en pleine expansion qui fabriquait des sacs. Finalement, ils m’ont proposé un poste de styliste-accessoires à Hanoi. D’année en année, on prolongeait le contrat. J’ai adoré mon boulot, on me donnait beaucoup de responsabilités. Ma boss venait de Hong-Kong. J’ai monté une collection, je me suis éclatée! Je ne crois pas qu’on m’aurait proposé cela en France, à mon âge. » Elle y restera 6 ans et demi.

Valérie ne connaissait pas le Vietnam, ni d’ailleurs l’Asie en général.

J’avais un peu d’appréhension. Je viens d’une famille plutôt latine, a priori très éloignée de la culture asiatique. Je ne suis pas tombée amoureuse du pays de suite. Mais j’ai appris à l’aimer. Le Vietnam m’a surprise. Et me surprend encore. Les Vietnamiens ont une grande insouciance et un grand sens de l’équilibre!

Lorsqu’elle quitte Ipa-Nima, Valérie Cordier trouve un emploi « développement et sourcing » chez Jamin Puech qui fabrique des sacs en cuir à Saigon. Au bout de deux ans, elle décide de monter sa boîte. « Je suis attirée par la déco, les meubles mais pas les vêtements parce qu’il y a trop de contraintes. Dans le domaine des sacs, beaucoup moins et je peux laisser libre cours à mon imagination. «  Elle se lance. « J’ai eu du mal à trouver mon propre style. » La jeune femme conçoit une première collection en 2010, « très belle, mais aux coûts de revient excessifs. » Sans partenaire commercial, point de salut.

Je me suis demander: que sais-je faire le mieux? Transformer les matériaux. Au Cambodge, j’ai observé leur façon de recycler les sacs alimentaires. J’ai compris que je pouvais en faire quelque-chose avec ma qualité, mes détails, des doublures, des matériaux solides…

En 2011, elle lance une collection avec 5 formes de sacs différentes. « Toutes les finitions sont en cuir. Et je n’utiliserai jamais de synthétique. » Elle définit elle-même ses créations comme des objets « pratiques, solides, gais et colorés. Les gens qui les achètent ont un gros flash. » Je crois savoir de quoi elle parle. Porte-feuilles, pochettes, besaces, cabas, sacs de plage… Le choix est vaste.

 

Pour la dernière collection hiver, Valérie Cordier a ajouté davantage de noir et propose des sacs aux portraits latinos ultra-colorés. Un travail d’impression réalisé en collaboration avec la créatrice Eugénie Darge, dont les housses de coussins aux portraits indochinois font un tabac au Vietnam.

Où trouver les créations de Valérie Cordier à Hô Chi Minh Ville ? Au fameux concept-store L’Usine et chez Little Anh Em. A Hanoi aussi chez Tan My design et l’Atelier. Et sur sa boutique en ligne.

Valérie Cordier ouvre les portes de son atelier à Saigon et propose ce samedi 10 septembre 2016 des offres spéciales sur certains modèles. Détails et infos pratiques ici.

 

Au bout de l’impasse…

Parce que l’art de vivre se décline au pluriel, parlons ici cuisine et mode. 

Bep Me In est un nouveau venu à Hô Chi Minh Ville.  Le restaurant est tenu par un Français qui est aussi le propriétaire du Quan Ut Ut, un barbecue américain qui fait d’excellents burgers et des viandes grillées délicieuses.

L’emplacement est idéal pour les touristes qui font leur shopping au marché de Ben Thanh. Bep Me In se trouve derrière le marché au 136/9 + 10, Lê Thánh Tôn dans le District 1. Il faut s’engouffrer dans une petite impasse sous un porche pour aboutir à une allée abritant également deux autres restaurants dont un spécialisé dans la cuisine de Hué. Entre-temps, vous n’aurez pas manqué d’être interpellé une dizaine de fois par des jeunes femmes qui vous proposeront une manucure, une pédicure, un shampoing ou juste un massage sous ce fameux porche où elles ont installé leur salon respectif et…minuscule. Au Vietnam, le moindre espace est utilisé à bon escient.

L’objectif est de proposer une cuisine familiale vietnamienne. La carte n’est pas exhaustive mais les produits sont frais, cuisinés sur place… Comme à la maison. Au rez-de-chaussée, le propriétaire a souhaité recréer l’ambiance d’un restaurant de rue populaire où l’on mange assis sur de petits tabourets bleus et rouges.

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A l’étage, changement de décor. La déco fait davantage penser à un restaurant vietnamien traditionnel. Joli, simple mais efficace.

Dans l’assiette, vous découvrirez, si vous ne les connaissez pas encore, des plats traditionnels vietnamiens comme le bành xèo (crêpe vietnamienne du delta du Mékong), le bun thit nu’ong chià gio (nouilles de riz avec des nems et des herbes aromatiques), des brochettes aux crevettes (un must try)  mais aussi un délicieux riz gluant à la mangue ou un flan coco non moins savoureux. Le midi, vous pouvez choisir la formule déjeuner servie entre 11 h et 14 h avec le traditionnel bouillon de légumes, une viande grillée, un bol de riz, les légumes du jour et un fruit. Sans oublier le thé glacé.

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Ne manquez pas de jeter un coup d’oeil dans le magasin de vêtements et accessoires vintage, Mayhemsaigon, très fréquenté par les jeunes Saigonais, qui se trouve au fond de l’allée, premier étage, au bout d’un escalier ancien. Oui, on a le sentiment d’entrer dans un appartement privé mais non. Et on y trouve des trésors… Pour vous en convaincre, jetez un oeil au compte Instagram de Mayhem. La plupart des fripes sont importées du Japon où les friperies sont très présentes en ville.

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