The Old Compass Cafe

Voilà probablement l’endroit qui cumule tout ce que j’aime. A la fois un joli café, dans un vieil immeuble où vit encore une grande famille vietnamienne, qui se transforme en bar à vins le soir. Tout en proposant régulièrement des conférences et des concerts. What else?

 

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Comme tout ce qui se mérite ici, il faut s’aventurer dans une « hem », une allée très étroite où ne passe qu’une seule moto à la fois. En bas de l’immeuble, se trouve un petit restaurant de rue avec deux ou trois tables. Et un tout petit parking à motos. Prenez l’escalier sur votre droite, montez jusqu’au 3e étage. Vous croiserez sûrement un des habitants de l’immeuble qui vous sourira immanquablement. Il sera peut-être en train de déjeuner dans le couloir, à peine dissimulé par un vieux paravent. Si vous aimez le Vietnam simplement, ici, rien n’a changé depuis des années.

 

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Le Old Compass Cafe est un lieu où l’on vous invite à laisser de côté votre téléphone portable. Prendre le temps de discuter, boire un verre, passer du bon temps entre amis, déjeuner ou dîner (le menu propose de la cuisine vietnamienne et quelques en-cas occidentaux): la cuisine est sur le même palier, juste en face de la porte d’entrée.

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Un petit mot sur un table.

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Le Old Compass Cafe a été fondé par Mark Bowyer et Dang Thuy Duong. Mark est australien, il est très connu ici à Saigon pour son blog de voyage (et bien plus encore) le rustycompass.com en anglais.

Mark invite à découvrir le Vietnam d’abord, mais aussi le Cambodge et le Laos à travers l’histoire, la culture et tous les lieux sympathiques qu’il repère au long cours. C’est une mine d’informations! Et Mark est aussi, à ses heures perdues, un excellent musicien. Il jouait notamment avec l’actuelle propriétaire du Yoko cafe (qui figure lui-aussi dans mon top 5 in Saigon) dans les années 2000 au feu Vasco. Ils ont joué il y a peu au Old Compass Cafe, je suis fan…

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Duong est Vietnamienne et c’est une personne que j’apprécie beaucoup. J’ai eu l’occasion de l’interroger longuement puisqu’elle est l’un des portraits qui figurera dans le prochain Guide de Saigon que je suis actuellement en train d’écrire et qui sera publié en 2018 aux éditions Hikari.

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Duong explique que cet endroit était, au début, le lieu de rencontres des lecteurs du Rustycompass et qu’il est devenu, depuis, un lieu éclectique où la culture a toute sa place.   Architecture, design, art, photographie… Les conférences données ici sont vraiment intéressantes avec des intervenants passionnants comme Larry Berman, l’auteur de The perfect Spy ou le journaliste britannique Bill Hayton, qui a écrit Rising Dragon ou encore Denise Chong, l’auteure de La fille sur la photo (qui retrace l’histoire de Kim Phuc, brûlée au napalm et dont la photo a fait le tour du monde). Vous pourrez aussi consulter des livres en anglais (et un seul en français/anglais, President Hotel…), sur ces thèmes chers aux propriétaires.

 A Saigon, des cafés ouvrent tous les jours. La compétition est rude! Au Old Compass, nous voulons encourager les gens à se parler, lire, se poser. Notre clientèle est essentiellement australienne, américaine et britannique et compte aussi des Vietnamiens anglophones. Ils sont journalistes, diplomates, artistes, architectes mais aussi touristes ou voyageurs curieux. J’aime le brassage que permet le Old Compass.

Le Old Compass Café est définitivement l’un de mes endroits préférés à Saigon.

The Old Compass cafe, 63 Pasteur, 3e étage, district 1. A côté du Liberty Central Hotel sur Pasteur.

 

 

 

 

Saigon Retro

C’est mon petit dernier. J’avoue ne pas avoir pris beaucoup de temps pour sortir et découvrir ces dernières semaines. Mais j’ai tellement apprécié cet endroit que j’y ai emmené ma petite famille un week-end. Saigon Retro n’est pas dans le quartier touristique mais si vous devez vous rendre au marché de Tan Dinh, n’hésitez pas à vous poser dans ce petit café calme, tout près.

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La première fois que j’y suis allée, j’ai trouvé sur la grande table un curieux petit livre rouge. Sur l’idée du Petit Livre Rouge de Mao mais en prenant son contre-pied. A l’intérieur, des « vouchers » pour différents magasins. Dans un pays communiste comme le Vietnam où l’économie de marché fait bon ménage avec l’idéologie socialiste, rien d’anormal. Mais le clin d’oeil est plutôt drôle.

En semaine, peu de monde dans la journée. Mais les jeunes Vietnamiens du quartier s’y donnent rendez-vous le soir et le week-end. Lorsque nous y sommes retournés en famille un dimanche, il y avait des couples et des amis, devant un café sua dà ou un thé glacé à la pêche. Et la plupart d’entre eux lisaient un livre. Ce que je veux dire par là, c’est que désormais, le téléphone portable est l’outil indispensable de celui ou celle qui passe une petite heure au café. Ici, non, pas forcément. Et l’un d’entre eux lisait Jack London, merveilleux auteur.

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C’est un lieu où la culture a son importance. D’ailleurs, la musique est aussi excellente.

Lors de mon premier passage, la jeune femme diffusait un album de la jeune chanteuse vietnamienne Le Cat Trong Ly que j’aime beaucoup moi-même.

Il semble aussi qu’il y ait parfois des concerts ici mais mieux vaut jeter un coup d’oeil sur leur compte Facebook.

 

Bien sûr, mes enfants n’ont pas manqué de prendre un smoothie aux fruits rouges. On peut aussi déjeuner d’un banh mi ou d’un banh op la (avec un oeuf sur le plat) mais on vient surtout ici prendre un verre. Ce n’est pas un restaurant.

Saigon Retro, 55 Tran Quoc Toan, phuong 8, district 3. Premier étage. Prenez la ruelle, c’est sur votre gauche, un escalier et vous êtes arrivés.

Salon Saigon

Dans la série des derniers nés sur la place des galeries d’art et des rendez-vous culturels, voici Salon Saigon. Dirigé par Sandrine Llouquet, elle-même artiste franco-vietnamienne basée à Hô Chi Minh Ville, le lieu propose de visiter la collection privée du propriétaire, un Viêt-Kieu américain passionné d’art contemporain, ainsi que des expositions temporaires. En ce moment, découvrez Bittersweet Whispers.

Le monde de l’art contemporain s’invente en ce moment-même à Saigon. Après The Factory, ouvert il y a moins d’un an dans le district des expatriés, et Blanc Art Space (dans une rue parallèle à Salon Saigon), ce nouvel espace a choisi un emplacement plus intimiste et en plein coeur d’un quartier vietnamien que j’aime personnellement beaucoup. Face à l’Acoustic Bar que je vous recommande pour ses concerts où se presse la jeunesse vietnamienne, Salon Saigon se trouve tout au bout d’une hem (ruelle) très plaisante.

« Le propriétaire a souhaité en faire un lieu dans l’esprit des salons européens du XVIIIe siècle »

Une décoration très néo-classique attend le visiteur qui trouvera également un espace pour se documenter. La bibliothèque est en cours d’approvisionnement mais vous y trouverez des livres en vietnamien, anglais et français, sur l’art en général, l’art contemporain et l’histoire de l’art ainsi que des ouvrages sur les traditions et la culture vietnamiennes. Salon Saigon souhaite être un reflet de « l’héritage culturel vietnamien et un lieu où peuvent s’exprimer les artistes contemporains », précise Sandrine Llouquet à travers des expositions bien sûr, mais aussi des performances, des conférences, des projections, des programmes éducatifs et des rencontres entre artistes, curateurs, collectionneurs et critiques. L’idée étant de mettre davantage l’accent sur le dessin qui a longtemps été le « parent pauvre » de l’art contemporain mais qui connaît un intérêt grandissant à la fois de la part des collectionneurs mais aussi des curateurs. Au Vietnam, il est encore méconnu mais commence à susciter l’enthousiasme du monde de l’art graphique.

Bittersweet Whispers

Mai-Loan Tu

 

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He sharpened his knife and cut this world/ Mai-Loan Tu

Ce que Mai-Loan Tu est capable de faire avec un stylo plume est impressionnant. Une telle précision et cette légèreté qui ressort de l’oeuvre… Du plus profond de notre inconscient à tous, ces images surgissent simplement. Mai-Loan Tu utilise aussi le cutter pour des oeuvres où les ombres font le dessin autant que le découpage lui-même; Mai-Loan est aussi tatoueuse. Parce que le tatouage se rapproche d’une forme d’art graphique…

Ngo Thi Thuy Duyen

 

C’est la répétition d’un motif floral qui donne à ces oeuvres la vision d’un champ de fleurs où l’abstraction fait référence à la beauté de l’expérience humaine individuelle.

Le Hoang Bich Phuong

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From the center to home/Le Hoang Bich Phuong

Souvenir d’une jeune fille croisée dans un train en Malaisie. Ou comment la mémoire d’un visage s’efface avec le temps…

Le Hoang Bich Phuong est surtout connue au Vietnam pour ses peintures sur soie, études botaniques anthropomorphiques.

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Lilie/Le Hoang Bich Phuong
Salon Saigon est ouvert le mardi au public de 9 h à 18 h et sur rendez-vous uniquement les autres jours de la semaine (fermé le dimanche).

An Ordinary City

Il y a des rencontres anodines et drôles, polies mais sans suite. Et il y a des rencontres qui sont tout sauf ça. J’ai rencontré Myriem Alnet dans un avion entre la France et le Vietnam. Lorsqu’elle a commencé à me parler d’An Ordinary City, j’ai compris qu’elle était l’initiatrice des projections de films  au Yoko Bar chaque lundi soir. Sa démarche est intelligente, généreuse et inspirante. 

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© Peter Le – peterlephotography.com

La première fois que je suis allée au Yoko, c’était il y a 6 ans, à mon arrivée à Saigon. A ce moment-là, peu d’endroits proposaient des concerts live, surtout du rock et de la pop, à part l’Acoustic Bar. Et même s’il s’agissait souvent des reprises, le Yoko constituait un bol d’air musical. Et puis l’endroit a fermé. Puis réouvert il y a peu, avec une nouvelle équipe et un lieu rénové. C’est là que vous découvrirez chaque lundi soir An Ordinary City.

Myriem, quel est ton parcours et qu’est-ce donc qu’An Ordinary City? 

Je suis urbaniste avec un background en sciences politiques et relations internationales. C’est le Printemps arabe qui m’a amenée à m’intéresser aux questions urbaines (précisons que la mère de Myriem est marocaine) : comment la ségrégation socio-spatiale a nourri les révoltes et quid de la reconstruction des villes arabes après les révolutions politiques ? Au cours de mon Master en urbanisme à Londres (Bartlett School of Planning), j’ai commencé à m’intéresser aux représentations qu’on appose aux villes « en développement », aux exigences auxquelles des villes comme Casablanca, Hô Chi Minh Ville, Luanda doivent répondre pour « figurer sur la carte du monde » . Je me suis surtout rendue compte qu’on les perçoit toujours dans une perspective « développementiste », autrement dit, qu’elles ne seront jamais vues pour ce qu’elles sont (des lieux de forte potentialité créative, d’intelligence sociale collective élevée) mais par rapport à des modèles fixes et autoproclamés (les traditionnelles Londres, New York, Paris…). Je voulais sortir de cette perspective et apprécier ces villes pour ce qu’elles sont, à l’échelle humaine, dans leur quotidien… ordinaire.

« An Ordinary City – une ville ordinaire – c’est véritablement sortir de cette course vers l’extraordinaire, le « toujours plus » (hauts buildings, rentabilité, etc), pour s’intéresser à ce qui fait cité, à ceux qui font la ville – à savoir l’âme des cités, à savoir leurs citadin/es. »

An Ordinary City est donc une initiative que j’ai initiée en 2015 pour échanger sur les villes, partager ces expériences urbaines ordinaires et promouvoir une meilleure connaissance de sujets liés à la vie de nos cités – urbanisme, architecture, sciences sociales – à travers des médias culturels. Les Movie Nights hebdomadaires sont une manière d’échanger sur ces villes via un format divertissant.

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Frances Ha, un film de Noah Baumbach.

Comment et pourquoi as-tu initié ces projections ?

Hô Chi Minh est une ville qui bouillonne, se transforme très rapidement et je trouve que beaucoup de films y font écho et nous permettent de prendre du recul sur ces mutations, envisager leurs conséquences. En intervenant en tant que professeure invitée à Bac Khoa University (Université « polytechnique » de Hô Chi Minh Ville) auprès des étudiants en architecture, je me suis rendue compte que ce fonds culturel était méconnu et très difficilement accessible. J’ai donc simplement voulu ouvrir un espace de culture pour offrir à ceux qui le souhaitent de voir un cinéma autre que celui des blockbusters, omniprésent ici. Un cinéma, si ce n’est critique envers, au moins inspiré de notre environnement urbain. Inspirer, donner de la matière à réfléchir dans le meilleur des cas; créer une nouvelle opportunité de divertissement au minimum.

Le public? Je veux vraiment offrir ces films aux Vietnamiens. Pour cela, je travaille le sous-titrage des films en vietnamien. J’ai la chance d’avoir quelques étudiants intéressés par cet exercice de traduction : quand je ne trouve pas de sous-titre en ligne, ce sont eux qui les font ! C’est un point essentiel pour moi. De même, les projections sont gratuites : je veux garder cette opportunité culturelle accessible à tous.

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Only Lovers Left Alive un film de Jim Jarmush.

Quels sont tes critères de choix?

Le critère numéro 1, c’est ce lien avec la ville, avec notre condition urbaine. Dans chacun des films, on peut lire, de manière plus ou moins directe, une question urbaine : voisinage dans le Hong-Kong de Wong Kar-Wai, régénération urbaine dans Tekkonkinkreet, ségrégation socio-spatiale dans City of God, la tour d’habitation dans High-Rise… Le cinéma que je présente est plutôt indépendant, je veux proposer des films qui ne passeront pas dans les méga-complexes. Il m’arrive de passer de grosses productions comme Blade-Runner (Ridley Scott, 1982), qui reste une référence dans le domaine, ou peut-être bientôt un Woody Allen, mais ça reste relativement rare.

Il y a des films plus difficiles d’accès que je trouve pertinents. Il s’agit de diluer leur diffusion sur le long terme, avec d’autres genres. Par exemple, le 24 City de Jia Zhangkhe est très intéressant mais vraiment long et quelque peu assommant! Je l’ai donc casé entre La Haine (Kassovitz, 1995) et After Hours (Scorsese, 1985).

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La Haine de Matthieu Kassovitz.

« J’essaye de diversifier les formats, genres et origines. J’ai pu observer que les films asiatiques attirent les foules, mais je veux garder cette perspective internationale. »

Pourquoi le Yoko ?

Le Yoko est un café bar du district 3 tenu par deux membres du groupe TOFU Band, To Phu, la chanteuse et Hoai Anh, guitariste. Tous les autres soirs de la semaine, ils organisent des concerts, open-mic, soirées musique. Ils font partie de cette scène musicale alternative qui nous change les oreilles de l’EDM ambiante… C’est reposant. Les gens qui y vont sont plutôt jeunes, ça varie de la petite vingtaine pour les amateurs de métal à…. bien plus en fonction des soirs !

En journée et soirée, les playlists de fond sont sympas, de l’électro-indie-pop, ma culture musicale, donc je m’y retrouve. En termes d’espaces, le lieu a aussi été fait par un architecte et on sent le geste réfléchi : les choses sont là où elles doivent être, la décoration est harmonieuse et il s’y dégage une atmosphère agréable. Mais j’y suis arrivée par hasard. Je cherchais un bar qui pouvait accueillir plus de 30 personnes assises sans que ce ne soit trop désagréable et qui n’était pas trop cher (je pensais encore à mes étudiants !). Une amie qui connait To Phu m’a suggéré d’aller la voir. Et ça s’est fait tout seul…

 

Blanc Art Space

Un nouvel espace d’art contemporain vient d’ouvrir ses portes rue Tu Xuong dans le district 3, face à l’ancienne école française Colette. Au fond d’une cour, Blanc Art Space propose actuellement une exposition de photographies de Phan Quang, intitulée « Recover ».

 

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Longtemps photo-journaliste, Phan Quang, né en 1976 à Binh Dinh, a publié son travail dans de nombreux médias asiatiques et occidentaux, dont le magazine Forbes et le  New York Time. Aujourd’hui davantage tourné vers la photographie d’art contemporain, Phan Quang a réalisé à partir de 2011 un travail remarquable sur une période historique peu connue au Vietnam. Il s’est intéressé à l’occupation japonaise de 1940 à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Et plus particulièrement, aux femmes ayant eu une relation avec des soldats japonais pendant la guerre. Il a retrouvé quelques-unes de ces femmes et leurs enfants issus de ces liaisons longtemps cachées. Ces femmes, pour lesquelles ces relations avaient été consenties (la majorité d’entre elles ne l’ont pas été) et qui s’étaient mariées avec ces soldats, ont espéré le retour de leur mari et père de leur(s) enfant(s) tout comme ces familles vietnamiennes ont toujours souhaité être reconnues au Japon. Mais les Japonais avaient, pour la plupart, déjà, une famille dans leur pays.

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Copyright Phan Quang

Phan Quang, qui a lui-même séjourné au Japon, a ramené un long voile blanc traditionnellement fabriqué dans un petit village près de Kyoto. Il a eu l’idée d’utiliser ce voile, habituellement réservé aux jeunes mariées, pour couvrir (« cover ») les familles qu’il a retrouvées au Vietnam et les prendre en photo dans leur intérieur. Ce voile symbolise à la fois l’intimité de ces familles qu’il voile et dévoile (« Re/cover ») tout à la fois. D’une grande sobriété, ces images ont un caractère émotionnel fort. Certaines femmes posent avec la photo de leur mari défunt. Elles ont su faire face à ce passé tumultueux pour continuer à vivre et élever leurs enfants dans la dignité, alors même qu’elles étaient ostracisées au sein de la société vietnamienne. Comment faire une généralité de toutes ces histoires individuelles? Comment juger ce qui nous échappe?  Ces femmes ont fait la paix avec un passé qui leur appartient.

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Copyright Phan Quang
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Copyright Phan Quang
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Copyright Phan Quang

L’exposition Recover, conçue par le curateur Nguyễn Như Huy, a été présentée à Singapour et à New-York. Phan Quang a obtenu le Sovereign Asian Art Prize en 2015 pour ce travail magnifique.

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Blanc Art Space, 75 D Tu Xuong, District 3, Hô Chi Minh Ville. L’endroit renferme aussi un petit café et bientôt, une bibliothèque de livres d’art contemporain. « Recover » prendra fin le 18 juillet 2016.

Le Saigonella festival

Pour les chanceux qui étaient à Saigon samedi dernier, il y avait un festival à ne pas manquer: la première édition de Saigonella lancée par Hélène Deprez et Cyprien Delesalle, entre amis, comme on se lance un défi. L’idée était d’organiser un événement sympa avec de la musique et des arts sous toutes leurs formes. Et puis le petit rendez-vous entre amis a pris de l’ampleur. Tellement d’ampleur qu’il est devenu un véritable festival, le bien nommé Saigonella. Bien sûr, il faut y voir le clin d’oeil au festival Coachella qui a lieu tous les ans en Californie. Le rendez-vous branché des jeunes célébrités américaines qui se doivent d’afficher un style hippie-chic très travaillé avec l’air de ne pas y toucher. Mais ce n’était juste qu’un clin d’oeil.

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A Saigonella, pas de célébrités en vue. Juste des amis venus faire la fête, boire un verre, discuter, danser… L’après-midi était davantage tourné vers les familles et je n’ai pas manqué d’y emmener mes enfants que je n’ai plus revus (ou presque) pendant plus de deux heures. Finalement, c’était bon signe.

A Saigonella, on pouvait…

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Voir les chouettes comédiens de la compagnie Les Ximpromptus en plein théâtre d’improvisation. De dos, Chloé, dont je n’ai pas vu la performance solo, je suis arrivée trop tard. Dommage, elle est juste géniale. Je l’avais vue sur scène au Saigon Ranger, elle m’avait bluffée.

A Saigonella, on pouvait…

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Faire du yoga. Bonne idée. Le lieu, le Club House, s’y prêtait à merveille. Peu de gens connaissaient l’endroit, très éloigné du centre-ville et du quartier des expatriés occidentaux. Moi si, juste parce que j’habite tout près. Pour une fois…

Admirer la performance artistique de live painting de Laurent Judge.

Se faire maquiller, se faire tatouer au henné…

Se faire coiffer… par Olga Grigoreva. Olga est russe, hair stylist et elle était très demandée.

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Jouer des percussions sur des palettes… Les enfants ont adoré.

Découvrir (mais qui ne les connaît pas encore?) les sacs de Valérie Cordier. Je suis moi-même une grande fan de son travail, coloré et très créatif. A suivre prochainement sur ce blog, un portrait de la créatrice…

Saigonella, c’était tout simplement une chouette idée. Et un travail titanesque de la part de toute l’équipe, uniquement composée de bénévoles. Une synergie incroyable dans un même but. Ils avaient tout prévu, même les navettes gratuites au départ du centre-ville et une collaboration avec Clean Up Vietnam parce que bien sûr, on peut s’amuser et rester eco friendly.

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Saigonella, c’était aussi et surtout, une fête incroyable où se sont succédés les DJ jusqu’au bout de la nuit.

Le Cong Caphe

Le Cong Caphe est un concept de cafés apparus à Hanoi. Il en existe aujourd’hui plusieurs dans la capitale vietnamienne. Et ils plaisent beaucoup. Je me souviens être allée dans celui qui fait face à la cathédrale Saint -Joseph en plein centre de Hanoi.

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Le premier Cong Caphe vient d’ouvrir à Hô Chi Minh Ville. Dans l’immeuble que j’affectionne particulièrement, où se trouvent déjà Libé et le Loft café. Il n’y a pas de hasard… Le Cong Caphe n’est pas vraiment un café comme les autres. En fait, son propriétaire, originaire de Hanoi, a conçu un endroit qui rappelle plus ou moins les temps de guerre (et de privations) au Vietnam. Assez incongru. Il est écrit sur la carte que c’est l’enfance traumatisante et difficile du propriétaire (« the owner’s dramatic childhood ») qui lui a inspiré cette atmosphère bien particulière. Pour ne pas oublier? Le kaki est la couleur phare, les serveurs sont en tenue militaire et l’ambiance peut faire penser à une sorte de bunker où l’on a apporté le strict minimum pour la survie des occupants. Tables et chaises bricolés en bois brut ancien, gobelets en fer, boîtes de conserve… et des livres, beaucoup de livres qui côtoient une vieille radio et des lampes à pétrole.

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Pour ceux qui connaissent, le Cong Caphe a pris place dans l’ancien café-boutique Schiller, dont la petite terrasse toute en longueur offre une vue imprenable sur les rues très fréquentées de  Dong Khoi et Ly Tu Trong. A l’intérieur, le propriétaire a fait ajouter un faux plafond très bas qui donne vraiment l’impression de se retrouver dans un tunnel souterrain…

Et nous y voilà. A Hanoi, un Cong Caphe semble s’inscrire naturellement dans le paysage urbain. A Hô Chi Minh Ville, capitale économique du Sud qui a longtemps été considérée comme la « rebelle » proche des Américains, c’est une autre histoire. Mais la grande Histoire, justement, ne semble pas affecter les jeunes Saïgonnais plus que ça. Aujourd’hui, la ville et le pays sont tournés vers l’avenir. Les jeunes veulent juste se retrouver dans un endroit sympathique avec leurs amis, prendre un caphe sua dà et surfer sur Facebook. Et puis la déco est sympa avec toutes ces touches de couleurs et ces objets hétéroclites ici et là.

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Quand je me s’y suis rendue, l’endroit était très fréquenté. Il n’y avait que des jeunes gens. Et si, soudain, apparaissait une personne de la génération précédente, pour qui la guerre ne fut pas qu’un décor éphémère. Pour qui les privations furent quotidiennes. Quel regard porterait-elle alors? La réponse à la question pourrait surprendre.

The Vintage Emporium

C’est un petit café repéré il y a longtemps déjà. Situé dans un quartier que j’affectionne particulièrement, Da Kao, à la limite du district 1 et du district 3 et à quelques mètres du Decibel Lounge, un des lieux culturels les plus dynamiques de la ville. A quelques pas de là également, au-delà du boulevard Dien Bien Phu, se trouve la pagode de l’Empereur de Jade, une pagode taoïste et bouddhiste construite par les Chinois en 1909. Connue également sous le nom de la pagode des tortues car on y trouve un bassin extérieur avec une multitude de tortues… qui plaît beaucoup aux enfants.

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The Vintage Emporium a tout d’un endroit agréable peu fréquenté à la déco alliant esprit vintage et mobilier plus design. On peut y boire un bon café ou un jus de fruits frais et déjeuner sur le pouce. La carte est très simple, quelques plats occidentaux dont un très bon poulet tikka en salade ou en sandwich, des plats vietnamiens… le tout en formule lunch avec une boisson et un café vietnamien pour environ 4 euros. Ce jour-là, il n’y avait qu’un dessert sur la carte, une panna cotta  au coulis de fruits de la passion. Excellente. Rien à ajouter.

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The New District

Si vous voulez avoir une idée des goûts vestimentaires de la jeunesse saigonnaise, allez faire un tour au New District. C’est une sorte de marché aux puces (un « flea market » comme on dit), un bazar où se côtoient des dizaines de jeunes marques vietnamiennes sous le hall du Cargo, un grand hangar à vocation à la fois culturelle et commerciale au bord de la rivière Saïgon. The New District a lieu régulièrement tous les deux mois (ou plus) au cours d’un week-end. Hier, c’était la troisième fois que je m’y rendais et je ne m’en lasse pas. On y trouve de tout ou presque: des vêtements essentiellement mais aussi des accessoires pour smartphones, des casquettes, des lunettes, des chaussures… et un DJ qui domine l’espace gigantesque du Cargo.

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J’aime surtout y aller pour côtoyer cette jeunesse saïgonnaise branchée et connectée qui aime s’habiller et tenter des looks parfois décalés. Cette jeunesse-là n’est pas la jeunesse aisée d’Hô Chi Minh Ville qui préfère faire du shopping dans les grands centres commerciaux et acheter des marques internationales… beaucoup plus chères. Non, ces jeunes de moins de 25 ans ont des moyens financiers limités et savent qu’ici, ils pourront se faire un style à moindre coût. Et des idées, ils en regorgent. Certes, on trouve de la qualité médiocre, à côté de vêtements vintage et autres accessoires bon marché. Mais on trouve aussi des marques comme Libé, dont j’ai déjà parlé et des dizaines d’autres vendues le plus souvent en ligne.

 

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On décèle parmi eux des influences japonaises et coréennes bien sûr, mais aussi américaines. Le street style fait fureur. Et les cheveux décolorés aussi.

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Les Vietnamiens ont aussi découvert les joies du tatouage, le vrai ou le faux… A Saïgon, on trouve beaucoup de tatoo éphémères au henné.

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J’ai terminé mon week-end avec un thé glacé à la pêche, au milieu de cette foule colorée et gaie. Une foule enthousiasmante et inspirante.

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Partager un chào, le traditionnel porridge de riz : un « happening » initié par l’artiste Thanh Ha Mourgue d’Algue, au Dia Projects. Ou comment revenir à l’essentiel…

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Le chào est l’un des plats traditionnels vietnamiens consommés bien chaud, du Nord au Sud, en simple soupe ou parfois agrémenté de poulet. Cette semaine, l’artiste et co-fondatrice du Dia Projects, Thanh Ha Mourgue d’Algue, a voulu partager gratuitement un bol de porridge, relevé d’un zeste d’orange, avec tout un chacun, « visiteurs, invités, touristes, voisins, vagabonds… ». Dans un bol de céramique blanche vous est servi un porridge de riz. Choisissez une coupelle avec de la fleur de sel, au fond de laquelle est écrit un message. Une pensée. Une envie.

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Le chào est idéal pour une cure de « detox » et fortifie le corps et l’esprit. « A l’heure de la prolifération des chaînes de fast-food et des produits importés et industrialisés au Vietnam, beaucoup ont vu les conséquences négatives de cette nourriture sur leur santé. » Comme les Occidentaux, les Vietnamiens branchés se sont intéressés aux aliments « detox » et sont donc revenus vers des plats sains de la cuisine vietnamienne comme le chào. Le chào est à la mode. Vive le chào !

Mais l’artiste Thanh Ha n’a pas seulement mis l’accent sur ce nouvel aspect de la société moderne vietnamienne. Outre le pouvoir de guérison de ce plat traditionnel (souvent recommandé quand on est malade), il est aussi le plat du pauvre. L’aliment basique. Durant les périodes de famine qu’a connues le Vietnam, le chào était le plus élémentaire et le plus nourrissant.

Ne pas voir dans ce « happening » une simple métaphore de l’opposition riches-pauvres dans une société qui s’industrialise à vitesse grand V. Thanh Ha, d’un sourire élégant, a souhaité réunir autour d’un simple bol de soupe de riz des individus, d’ici ou d’ailleurs. Les a invités à s’asseoir sur une natte, discuter, échanger, faire une pause. Revenir à l’essentiel.