Dans l’objectif de James Pham

J’ai rencontré James Pham lorsque nous travaillions pour la même société en tant que freelancer. Viet-Kieû américain, James est un fin connaisseur d’Hô Chi Minh Ville, de ses quartiers populaires comme des lieux les plus hype de la ville.

James - Le Meridien - Brunch

 

James Pham était, il y a quelques jours encore, rédacteur en chef adjoint du magazine Oï.  Journaliste et photographe, James est né au Vietnam qu’il a quitté à l’âge de 2 ans pour émigrer aux Etats-Unis. En 2011, il a choisi de revenir dans son pays d’origine. Interview.

Tu as travaillé au Canada, en Thaïlande, au Cambodge, puis tu es arrivé au Vietnam. Pourquoi revenir ?

Après dix ans comme administrateur d’une école au Cambodge, je suis revenu au Vietnam, déterminé à ne pas travailler pendant 6 mois: juste me balader avec mon appareil photo et laisser les choses se faire. Nouveau pays, nouveau départ, non? J’avais envie de découvrir ce pays où j’étais né. Parler vietnamien m’a aidé à me connecter aux gens dont certains me racontaient leur histoire. J’ai commencé à écrire un blog de voyage, Flyicarusfly et à proposer mes idées d’articles à des magazines. C’est comme ça que je suis devenu assez rapidement le rédacteur en chef adjoint du magazine Oi Vietnam. A Hô Chi Minh Ville, je travaille avec des photographes mais quand je sors de la ville, je dois faire mes propres photos et ça m’oblige à me concentrer sur la qualité des clichés. Je travaille aussi en tant que freelancer pour des hôtels de luxe, des sites internet commerciaux et des agences de marketing. J’ai la chance de travailler de chez moi ce qui me laisse du temps pour voyager et me consacrer à d’autres projets.

Revenons sur le magazine Oi, écrit en anglais. Quelle est sa ligne éditoriale et comment sont déterminés les sujets d’une publication qui s’adresse à un public anglophone à Saigon ?

Les lecteurs sont à la fois Vietnamiens et étrangers. Le magazine souhaite leur présenter ce qui se trouve sous la surface. Ce qu’on ne voit pas forcément mais qui en vaut la peine. D’un autre côté, il fonctionne grâce à la publicité, il y a donc des publi-reportages. Oi magazine présente un équilibre entre des sujets qui ont trait au luxe (grands restaurants, galeries d’art, mode et design) et que de plus en plus de personnes dans ce pays peuvent se permettre, et, dans le même temps, montre ce qui est unique au Vietnam. Mais ce que je préfère pour ma part, c’est écrire sur le quotidien des Vietnamiens dans la rue. Nous avons une série intitulée « My life as » (« Ma vie en tant que… ») et nous écrivons alors du point de vue d’un vendeur de fleurs dans la rue, d’un jeune qui pratique les massages des pieds (très populaires au Vietnam!), d’un chasseur de cafards, d’un artiste transgenre… Ce sont des histoires que peu d’étrangers peuvent raconter, à cause de la barrière de la langue, et que beaucoup d’autres Vietnamiens ne connaissent même pas! Ecrire pour un magazine t’oblige à t’extraire de ton confort pour aller à la rencontre de tous ces gens dans des milieux très différents.

 

Hô Chi Minh Ville change très vite. Depuis 4 ans, tu as vécu ce dynamisme. Comment considères-tu ce changement? Saigon va-t-elle dans la bonne direction?

J’ai séjourné dans les meilleurs hôtels, dîné dans les meilleurs restaurants, fréquenté des célébrités vietnamiennes pour mon métier. Mais alors que les meilleurs produits sont maintenant disponibles à Saigon, je pense que la vie quotidienne, elle, n’a pas vraiment changé. Il faut toujours attendre des heures pour consulter un médecin dans un hôpital public; tu ne gagnes que quelques centimes de l’heure en tant que serveur ou employé de supermarché; les étudiants continuent de passer des heures et des heures à étudier à l’école, puis avec un professeur privé le soir (qu’il faut bien payer en plus) sans pour autant recevoir une réelle éducation. Alors que je peux profiter de toutes ces nouvelles choses désormais disponibles à Saigon, je ne peux m’empêcher de m’identifier davantage à tous ceux qui, eux, ne peuvent se l’offrir. Les districts du centre-ville et des expatriés sont très clinquants. Il faut sortir de ces quartiers pour voir comment vivent réellement 99 % de la population de cette ville.

Mais à côté de ça, il y a des personnes qui se donnent du mal pour faire avancer les choses: une ONG locale qui explique pourquoi il ne faut pas acheter d’objets en corne de rhinocéros et qui sensibilise à la protection de l’environnement, une femme à Binh Duong, Dr Diep Thi My Hanh, qui a fondé l’Ecomusée du bambou et qui fait un travail extraordinaire sur les propriétés de cette plante, ou des artistes inspirés par ce pays magnifique. A l’heure où le luxe et l’argent sont rois, il apparaît difficile au Vietnam, de dire: « prenons le temps, arrêtons de détruire le patrimoine architectural de cette ville pour construire des tours ultra-modernes, imaginons des destinations touristiques dans le cadre d’un véritable éco-tourisme… » Pourtant, je veux espérer que nous prenons la bonne direction. J’espère avoir mis en lumière, par mon travail, des personnes qui le méritent vraiment.

Tu connais parfaitement la ville. Quelles sont tes bonnes adresses, tes endroits préférés?

Il y a tant d’endroits extraordinaires dans cette ville! Comme Thanh Da, une petite île à 20 minutes du centre-ville où l’on aperçoit des rizières et des étangs de poissons, comme dans le delta du Mékong. Ils veulent y développer un centre urbain: allez pêcher et vous balader là-bas avant que cela ne disparaisse!

Côté musique, je suis un fan de musique classique. Je vais donc très souvent à l’opéra, ce magnifique bâtiment dont je ne me lasse pas. Il faut aussi voir les spectacles Ao Show ou The Mist. J’ai passé un après-midi avec quelques-uns des acrobates. Ils sont extraordinaires.

Mist Performers - Thanh Da - James Pham-31

Vous pouvez aussi tout simplement vous asseoir sur les marches de l’opéra, un week end à 8 h du matin et écouter gratuitement un concert magnifique.

Côté cuisine, Hô Chi Minh Ville est formidable. Vous pouvez y déguster des cuisines du monde entier, y trouver des adresses japonaises excellentes, un restaurant suisse ou même un bistro français qui ne propose que des fromages! Si vous voulez manger vietnamien, je recommande le Secret Garden, sur un toit terrasse, au-dessus d’un vieil immeuble résidentiel. Le menu est très varié et les prix très raisonnables. Comme ma famille vient du nord, j’aime aussi aller au Tuan and Tu’s, qui propose une cuisine familiale du nord. Il y a beaucoup à découvrir ici…

 

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