L’art contemporain en questions

Trois questions à Thanh Ha Mourgue d’Algue, directrice et co-fondatrice de Dia Projects, artiste et collectionneuse d’art. Et figure incontournable de la scène artistique contemporaine au Vietnam.

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Quel est l’objectif de Dia Projects?

Nous souhaitons encourager les conversations et activités créatives à Hô Chi Minh Ville, en particulier dans le domaine de l’art contemporain.

Justement qu’en est-il de l’art contemporain au Vietnam? Il existe finalement peu de lieux et d’espaces créatifs à Hô Chi Minh Ville et à Hanoi. Que peut-on faire pour aider ces artistes à créer et à diffuser?

Le Vietnam fait partie du monde et développe aussi son propre art contemporain. Mais il y a tout à faire ici, offrir des résidences internationales et initier des programmes d’échanges, mettre en place des forums d’art en lien avec les musées internationaux dans les domaines de l’art moderne et de l’art contemporain, apporter des aides financières et de réels soutiens aux institutions et aux espaces d’art indépendants… Mais comme on dit, « less is more » et c’est lorsque nous avons le moins que nous pouvons faire le plus. Dans ce contexte où les moyens manquent, les artistes doivent se surpasser et être encore plus forts.

Qui sont les artistes de cette nouvelle génération ? Que transmettent-ils? D’où viennent-ils? Je vois beaucoup d’artistes de Hanoi dans les expositions présentées ici…

Ils viennent de toutes les régions du Vietnam mais s’installent plus facilement à Hô Chi Minh Ville qu’à Hanoi probablement pour son climat! Vous verrez davantage d’artistes de Hanoi venir s’installer à Saigon que l’inverse. Ils ont tous de multiples sources d’inspiration. Ils cherchent, pour la plupart, à comprendre l’impact de l’Histoire et de la société moderne sur leurs vies, tant physiquement qu’intellectuellement.

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Chào Art/Art Chào

Partager un chào, le traditionnel porridge de riz : un « happening » initié par l’artiste Thanh Ha Mourgue d’Algue, au Dia Projects. Ou comment revenir à l’essentiel…

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Le chào est l’un des plats traditionnels vietnamiens consommés bien chaud, du Nord au Sud, en simple soupe ou parfois agrémenté de poulet. Cette semaine, l’artiste et co-fondatrice du Dia Projects, Thanh Ha Mourgue d’Algue, a voulu partager gratuitement un bol de porridge, relevé d’un zeste d’orange, avec tout un chacun, « visiteurs, invités, touristes, voisins, vagabonds… ». Dans un bol de céramique blanche vous est servi un porridge de riz. Choisissez une coupelle avec de la fleur de sel, au fond de laquelle est écrit un message. Une pensée. Une envie.

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Le chào est idéal pour une cure de « detox » et fortifie le corps et l’esprit. « A l’heure de la prolifération des chaînes de fast-food et des produits importés et industrialisés au Vietnam, beaucoup ont vu les conséquences négatives de cette nourriture sur leur santé. » Comme les Occidentaux, les Vietnamiens branchés se sont intéressés aux aliments « detox » et sont donc revenus vers des plats sains de la cuisine vietnamienne comme le chào. Le chào est à la mode. Vive le chào !

Mais l’artiste Thanh Ha n’a pas seulement mis l’accent sur ce nouvel aspect de la société moderne vietnamienne. Outre le pouvoir de guérison de ce plat traditionnel (souvent recommandé quand on est malade), il est aussi le plat du pauvre. L’aliment basique. Durant les périodes de famine qu’a connues le Vietnam, le chào était le plus élémentaire et le plus nourrissant.

Ne pas voir dans ce « happening » une simple métaphore de l’opposition riches-pauvres dans une société qui s’industrialise à vitesse grand V. Thanh Ha, d’un sourire élégant, a souhaité réunir autour d’un simple bol de soupe de riz des individus, d’ici ou d’ailleurs. Les a invités à s’asseoir sur une natte, discuter, échanger, faire une pause. Revenir à l’essentiel.

Le Sophie’s Art Tour

En 2011, la Britannique Sophie Hugues lance le Sophie’s Art Tour. Une visite d’Hô Chi Minh Ville à travers l’art et la culture. En écho à l’histoire du Vietnam…

 

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Il existe mille et une façons originales de visiter Hô Chi Minh Ville. Derrière les tours classiques et conventionnels, vous pouvez choisir l’option Vespa ou l’option culinaire… Vous pouvez aussi choisir l’option artistique, en effectuant le Sophie’s Art Tour. Sophie Hugues, d’abord directrice de la galerie Quynh puis d’un festival de courts-métrages, le Future Shorts, est passionnée d’art et de culture. Son idée est simple mais efficace : « Le Vietnam est un pays fascinant avec une histoire riche et compliquée. L’objectif de ce périple est de mettre en lumière cette histoire grâce aux artistes qui l’ont vécue au plus profond d’eux-mêmes, à travers leurs œuvres. »

Pendant plusieurs mois, la jeune femme se documente, lit beaucoup, cherche les galeries, musées et autres lieux susceptibles de donner un sens à cette visite, rencontre artistes, curateurs, propriétaires de galeries… et finit par mettre en place cette visite de 4 heures dans différents endroits de la ville.

Rendez-vous est pris donc, à 9 heures, au Gao restaurant. Ce jour-là, nous ferons la visite avec un couple de touristes australiens et une jeune Canadienne. C’est Stu Palmer qui sera notre guide. Le tour se découpe en quatre chapitres : le temps de la colonisation française et son influence sur la tradition des beaux-arts au Vietnam, les guerres d’Indochine et « l’art de combat », l’après 1975 et la scène artistique contemporaine apparue après le Doï Moi de 1986. Stu Palmer commence par planter le décor et remonte dans le temps, à l’arrivée des Français. Où l’on apprendra beaucoup sur L’Ecole supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine, fondée par Victor Tardieu, un peintre français à l’esprit humaniste, et son ami, le peintre vietnamien Nguyen Nam Son.

Direction le musée Duc Minh, une galerie d’art privée : le propriétaire a collectionné une centaine d’œuvres dont certaines remarquables, mêlant l’influence française de cette première moitié du XXe siècle à des techniques traditionnelles vietnamiennes. Au Musée des Beaux-Arts d’Hô Chi Minh Ville, dans le très beau bâtiment colonial aux influences chinoises, il sera question de propagande et d’art au combat. Peindre sur le front constituait tout autant un acte de bravoure qu’un moyen de propagande évident. A tel point que les chefs de guerre décidèrent finalement de ramener les artistes vers l’arrière pour éviter qu’ils ne soient tous tués. L’art, qui servit à la propagande, fut fortement influencé par ce qui se faisait déjà en Chine et en Russie. A une différence près : chaque œuvre, au Vietnam, était signée par son auteur.

Petit passage par la galerie Antique Street, à deux pas du musée, où l’on découvre une sélection de 15 oeuvres humanistes de Nguyen Thi Hien réalisées entre 1967 et 1969 et réunies dans l’exposition Some things remain (exposition temporaire)L’artiste, née en 1946 dans la province de Bac Ninh dans le nord du Vietnam, a commencé à peindre à l’âge de 8 ans. C’est l’une des peintres les plus renommées de sa génération. L’oeuvre ci-dessous, l’une de ses préférées, représente une femme-soldat, apparaissant comme forte et déterminée. Les femmes ont payé un lourd tribu lors des deux guerres contre les Français puis contre les Américains. Ce portrait est magnifique. Il est un hommage à l’âme féminine vietnamienne.

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Dân quân (Jeune femme-soldat) par Nguyen Thi Hien à l’Antique Street galerie, 38 Le Cong Kieu, district 1.

Retour au Musée des Beaux-Arts. Après 1975, les artistes donnent à voir la reconstruction du pays et la nostalgie du temps passé. Car le Vietnam est exsangue mais toutes les œuvres ne reflètent pas la réalité. La misère et la famine ? L’art dissimule aussi parfois… Après la guerre, le gouvernement se rend compte de ce que les femmes, et surtout les mères, ont souffert. Leurs fils ont été décimés. Que reste-t-il à une mère sans ses enfants? Il décide de leur octroyer une médaille pour chaque fils tombé sur le front… Une campagne qui fait le tour du pays. Cette Heroïc mother (Mère courage, dirait-on) est saisissante de dignité. Mais le sourire a disparu.

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Heroïc Mother, de Tran Thi Hong.

En 1986, l’ouverture économique, le fameux Doi Moi, ouvre une nouvelle ère qui se reflètera sur la scène artistique vietnamienne. L’art abstrait, la photographie, les installations vidéo… Direction la galerie Sàn Art, lieu de vie culturelle majeur à Ho Chi Minh Ville. Plus qu’une galerie et un centre de ressources, c’est surtout un laboratoire de recherche artistique et un lieu de résidence pour les jeunes artistes vietnamiens. Sophie Hugues est formelle : « Il est essentiel d’aider et de supporter ces artistes dont les œuvres sont le miroir du monde dans lequel on vit. Ils nous offrent un point de vue sur une nation en perpétuelle évolution. Aujourd’hui, il n’y a qu’une poignée de lieux qui aident et accueillent l’art contemporain. Les artistes vietnamiens doivent se battre pour s’exprimer. Mais nous vivons une période excitante pleine de défis ! »

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Galerie Sàn Art.

Forte du succès du Sophie’s Art Tour à Hô Chi Minh Ville, la jeune femme a lancé la formule à Hanoi en octobre dernier. « Deux guides animent la visite en alternance : un artiste-curateur vietnamien, créateur de la galerie Manzi et une Autrichienne, fondatrice d’un magazine culturel en ligne à Hanoi. Ils sont tous les deux très impliqués dans le monde artistique de la capitale vietnamienne. » Sophie ajoute qu’elle souhaite proposer prochainement ces deux tours en français (aujourd’hui en anglais uniquement).

Que vous soyez ou non fans d’art, touristes, expatriés, juste curieux, ce tour offre bien plus. Sortir des sentiers battus et comprendre.

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The December Co.

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Encore un « hidden gem », un petit bijou caché comme on dit ici. The December Co. a ouvert en septembre dernier au premier étage du 42 Ly Tu Trong (toujours cette rue…). Là encore, il faut le trouver! Traversez un parking à motos improvisé au sous-sol et montez au premier étage où vous serez étonné de découvrir, aussi, des boutiques vraiment sympas. En plein centre-ville, c’est un havre de paix, hyper lumineux et très agréable pour travailler sur son ordinateur, ce que je fais ici avec plaisir, cappucino à portée de main. Depuis peu, ils se sont lancés dans la confection de macarons vraiment bons: citron-gingembre, chocolat au poivre de Phu Quoc, orange café, menthe fraîche ou jasmin. Ces macarons excellents sont confectionnés par Exception Macaron. Vous pourrez aussi y prendre un petit-déjeuner sur le pouce avec un café-croissant. On peut y déjeuner mais les sandwiches sont un peu chers.

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Autre curiosité du December Co.: les vêtements de la marque Hair Club, désignés par Vu Le Thu Trang. La jeune femme de 32 ans travaille en réalité dans une banque mais la mode est son deuxième métier. Les coupes sont hyper basiques: pantalons larges et taille ajustée, tops amples et jupes droites dans des couleurs qui vont du bleu roi au rouille en passant par le vert émeraude. Peu de choix, assez intimiste finalement mais on peut y dégotter une pièce sympa ou une paire de chaussures élégantes. Bref, un endroit très plaisant loin du bruit et de la fureur!

 

Le Vietnam en format court

François Leroy et Stéphanie Lansaque réalisent des courts-métrages inspirés du Vietnam et sa société. Leurs films d’animation sont d’une grande beauté esthétique et d’un réalisme saisissant.

 

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Une étincelle. Lorsque François Leroy et Stéphanie Lansaque se rendent pour la première fois au Vietnam en 2002, ils tombent sous le charme d’un pays qui ne cessera de les rappeler à lui. « C’était un voyage touristique de 3 semaines, se souvient Stéphanie. Nous nous sommes sentis à l’aise de suite. Il y avait quelque chose de familier. Toute cette vitalité, ces gens attachants… » A l’époque, François est encore étudiant à la prestigieuse Ecole des Gobelins à Paris. Stéphanie, après être passée par la section Design et textile de l’école Olivier de Serres, est graphiste.

Comme une évidence, les deux artistes décident de se lancer dans le film d’animation, inspiré par le Vietnam. Ils reviennent plusieurs mois à Hô Chi Minh Ville et à Hanoi. Commencé en 2003, achevé en 2005, leur premier court-métrage, Bonsoir Mr Chu, annonce d’emblée un style qui leur est personnel : le film superpose des techniques mixtes, de dessin manuel et de dessin numérique, en y ajoutant de la vidéo et de la photo. Il leur faut un an et demi pour fabriquer un court-métage. Au fil des années, ils ont développé leurs propres logiciels qui leur accordent une plus grande mobilité. Ils passent ainsi entre 4 et 6 mois par an au Vietnam. « Installés dans la rue à siroter un cafe dà, on observe. On discute aussi pas mal, on a beaucoup appris », assure François. Ils parlent le vietnamien qu’ils ont appris, entre autres, grâce à la propriétaire de la guesthouse où ils posent leurs valises chaque fois qu’ils viennent à Hô Chi Minh Ville. « Tintin en vietnamien, ça marche aussi! » Ils se disent « intégrés. On ne fréquente pas l’élite, précise François. D’ailleurs, nos films parlent de ces gens que l’on voit dans la rue. C’est leur quotidien qui nous intéresse. »

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Bonsoir Mr Chu
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Fleuve rouge

Stéphanie ajoute : « Pour Bonsoir Mr Chu, nous ne connaissions pas encore assez bien le pays, on ne pouvait pas s’attaquer à des sujets sociaux. Nous nous sommes inspirés de contes traditionnels. » Leur deuxième court-métrage, Mei Ling se déroule en huit-clos dans un appartement de Hong-Kong. La jeune femme attend son amant, alanguie sur son lit, sous les yeux d’un poulpe qu’elle aura adopté pour tromper son ennui. Le court-métrage, sélectionné dans 24 festivals autour du monde recevra autant de prix. Suivront Fleuve rouge en 2012, leur film le plus politique et Café froid en 2015, tous primés également. Café froid se penche sur le destin d’une jeune fille, à Hô Chi Minh Ville, qui perd sa mère dans un accident et se voit contrainte de reprendre le café familial tout en abandonnant ses études. Le film dévoile une atmosphère lourde et oppressante pour s’achever dans une violence sans fard.

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Mei Ling

« Nous avons développé une approche presque documentaire, explique Stéphanie. On veut surtout éviter le mélo quand on aborde des sujets graves. Dans Café froid, la vie est dure. Parce qu’elle l’est pour des millions de Vietnamiens. La violence psychologique, les conditions de vie difficiles, travailler toujours et encore, le jour, la nuit… C’est la réalité. »

Leurs films sont d’une grande beauté esthétique. Derrière une palette de couleur dominée par le rouge (l’influence chinoise), le vert (la végétation luxuriante et les rizières), le doré (« cette lumière chaude, surtout à Hanoi où elle est encore plus jaune ») et le bleu (« ce bleu magnifique du ciel au crépuscule, entre chiens et loups »), il y a les jeux de lumière: « nous faisons beaucoup de nuit américaine ». Il y a aussi les détails graphiques d’un carrelage ancien, le mouvement délicat d’une libellule aux ailes translucides, le souffle léger d’un courant d’air dans une chevelure noire de jais… Et la musique. Tout y est. Le Vietnam est là. Beau et troublant.

François Leroy et Stéphanie Lansaque préparent un cinquième court-métrage, Cadavre exquis, racontant les errances d’un chien dans le vieux quartier de Hanoi. Ils travaillent également sur un long-métrage dont l’histoire débute au Vietnam et se termine au Cambodge. A suivre…

 

Un bún dans la rue

 

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Non, je ne vous dirai pas que vous trouverez ici le meilleur bún chả giò de la ville. Parce que des bún chả giò excellents, vous en trouverez un peu partout. C’est le propre de Saigon: la cuisine de rue est un « must try ». En Asie du sud-est, nulle doute que le Vietnam est une référence en matière de cuisine de rue, et particulièrement Hô Chi Minh Ville dont le dynamisme culinaire n’est plus à démontrer. Alors donc, le fameux bún chả giò, ce mélange de nouilles de riz, agrémenté de nems coupés (aux ciseaux!), de germes de soja, de tranches de concombre, de laitue et assaisonné de coriandre et saupoudré de cacahuètes. On y ajoute de la sauce nuoc mâm épicée. C’est un délice. Dans ce petit restaurant au 85 Nguyễn Du, on trouve aussi le bún thịt nướng (même chose sauf que les nems sont remplacés par du porc grillé), ou le bún thịt nướng chả giò (un mixte) ou encore le bún bò Huế qui est une soupe vietnamienne à base de vermicelles de riz, de porc et de boeuf, agrémentée de citronnelle, de coriandre et de ciboulette thaïe. On mange et on boit pour 2 euros. Ici, c’est tout petit. Cinq ou six petites tables et quelques chaises en plastique pour un déjeuner sur le pouce. Ce que j’aime ? Le côté éphémère de l’endroit. Avant 11h et après 13 h, personne. Personne non plus le soir, ni le week-end. Les trois femmes qui le tiennent, de la même famille, réservent ce bout de trottoir le temps de sustenter les Vietnamiens des bureaux alentour uniquement le midi en semaine. Puis disparaissent. Il faut y passer au bon moment!

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Le casual de Libé

Installée dans un espace moderne et lumineux d’un vieil immeuble, Libé est une marque vietnamienne qui séduit de plus en plus de jeunes femmes branchées à Saigon.

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J’ai découvert Libé il y a près de 3 ans. La jeune marque occupait alors un tout petit espace au premier étage d’un vieil immeuble du 26 Ly Tu Trong, en centre-ville. Un an plus tard, Libé triplait sa surface toujours au même étage de cet immeuble vintage où de nombreuses autres marques se sont installées depuis.

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Libé n’a pas inventé une mode particulière. Son ADN? Un style casual, aux coupes simples et basiques. Dans des matières qui vont du 100 % coton au jersey en passant par la soie ou la laine mélangée et des couleurs où dominent le noir, le gris et le bleu marine, en y ajoutant une touche de pastel. Tops à fines bretelles, tee-shirt basiques rayés ou unis, chemises blanches à la coupe impeccable à col Mao et manches trois-quarts, jupes courtes et shorts de flanelle, pantalons droits mi-mollet ou jupes culottes (très à la mode à Saigon en ce moment), pantalons cigarette de crêpe noire… Libé propose aussi des accessoires: chaussures, foulards et quelques bijoux vintage. Et, en série limité dernièrement, des pochettes en cuir faites à la main. Toutes les pièces sont fabriquées en petite quantité, ce qui permet de renouveler les collections régulièrement. Le plus? Les prix. Vous paierez très rarement un vêtement au-delà de 20 euros, le plus souvent autour de 12 euros, ce qui la rend accessible aux jeunes Vietnamiennes, étudiantes ou salariées, qui veulent des vêtements branchés et portables.

Georges Blanchard, un humaniste à Saigon

Georges Blanchard est l’une des premières personnes que j’ai rencontrées à Hô Chi Minh Ville. Il est directeur d’Alliance anti-trafic, une ONG qui lutte contre l’exploitation sexuelle des femmes et des mineures vietnamiennes au Vietnam et dans le monde. Commencer ma rubrique « Portraits » avec lui n’est pas un hasard. J’ai beaucoup d’admiration pour ce personnage hors du commun. 

Il arrive à l’heure dans ce café propret du centre-ville de Saigon. Georges Blanchard sourit. Regard pétillant derrière ses petites lunettes. Ici, il détonne. Tee-shirt heavy metal et jean délavé: l’homme est à mille lieues des autres clients.

Vingt ans que ce petit gars de Pigalle vit au Vietnam. A Saigon, qu’il trouve « moche et bruyante « . Mais qu’il ne saurait quitter. Difficile de résumer la vie du bonhomme en quelques mots, sans en écorner un morceau. Elle se confond avec sa vocation, «  une mission «  qu’il remplit chaque jour. Il est né en 1962 dans les Vosges d’un père entrepreneur et flambeur et d’une mère prof de maths. A 12 ans, la famille explose. « Un jour, je suis rentré de l’école et j’ai découvert une maison vidée par les huissiers. » D’une grande maison bourgeoise, Georges atterrit avec sa mère et son frère dans un petit meublé, arrête l’école à 15 ans pour pointer à 5 h du matin sur les chantiers de la région parisienne. « Je me suis trouvé une chambre à Pigalle, j’avais plein d’amis. Et une voisine, Corinne, du futur groupe Téléphone. Elle avait 16 ans comme moi. » Georges trime. Mais Georges aime Paris la nuit, « la ville lumière »! Il travaillera ensuite dans une MJC (Maison des jeunes et de la culture), sera éducateur et dirigera un camp de vacances pour adolescents…  En 1992, il part, sac au dos, au Vietnam, dans l’idée de créer une base de loisirs. « C’était idiot, à l’époque! » Et puis l’humaniste qu’il est est choqué de voir tous ces enfants dans les rues: « Je ne pouvais pas, moralement, monter un business dans un pays où les gens dormaient dehors et les enfants ne mangeaient pas à leur faim… » Il s’engage alors auprès de l’ONG Enfants du monde et droits de l’homme. Peu à peu, il commence à identifier des réseaux de prostitution pour mineurs… Tout commence là.

Il est aujourd’hui à la tête de l’ONG Alliance Anti-Trafic dont l’objectif est de lutter contre l’exploitation sexuelle des femmes et des mineures vietnamiennes. « J’ai créé les premiers programmes de lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs en 1995, puis, en 1998, les premiers centres de réhabilitation pour les prostituées. » Grâce à son « acharnement », en 2003, le gouvernement vietnamien reconnaît l’existence de  « victimes de l’exploitation sexuelle ». Ces « diablesses » (c’est ainsi qu’elles étaient considérées) pouvaient enfin être réhabilitées. »

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Georges Blanchard (ici avec Marin Postel, son ancien directeur adjoint), déjeune dans la rue près des bureaux de l’ONG.

Alliance Anti-Trafic (AAT) travaille en accord avec le ministère des Affaires sociales vietnamien, l’Union des femmes vietnamiennes et le ministère de la Police. « Le gouvernement nous a transféré une partie du boulot, dit-il dans un sourire satisfait. AAT travaille en coordination avec les autorités dans toutes les provinces du pays pour rapatrier les victimes. » Regard appuyé : « On est unique au Vietnam. » Ne pas y voir un excès de suffisance. Pas le genre de Georges. Car pour en arriver là, l’homme a marché sur un fil suspendu au-dessus du vide, comme un oiseau en équilibre. Il y a laissé quelques plumes. « Ici, j’ai voulu développer la transparence et je n’ai pas vendu mon âme. »

Ces Vietnamiennes qui se prostituent au Vietnam ou à l’étranger, le font par l’intermédiaire de réseaux bien organisés « parfois volontairement pour l’argent, ce qui va à l’encontre des idées reçues longtemps véhiculées en Occident  » assure Georges. Elles atterrissent en Malaisie, à Singapour, à Hong-Kong, en Thaïlande mais aussi en Australie, aux Etats-Unis ou en Europe. Elles sont aussi recherchées par les Chinois pour se marier. Aucune d’entre elles n’a réellement conscience de la vie qui les attend. Souvent battues ou droguées, enfermées et passeport confisqué.

Alliance Anti-Trafic a monté un réseau international pour les retrouver et les rapatrier. 2006 marque une étape importante : le premier rapatriement de Vietnamiennes, en provenance de Malaisie. « Une rescue (un sauvetage), représente entre 1 et 3 mois d’investigations. Quand on retrouve une fille, le plus stupide, c’est de la mettre dans un avion tout de suite pour rentrer. Il faut discuter, savoir pourquoi elle est là, d’où elle vient etc. On doit pouvoir recueillir des infos, remonter des réseaux… »  Alliance Anti-Trafic s’occupe de tout : accompagnement, passeport, visa, billets d’avion. L’ONG a également mis en place des cours d’éducation sexuelle dans les écoles publiques des quartiers populaires d’Hô Chi Minh Ville. « Car l’éducation reste le noeud du problème. Il faut éduquer les mères, les filles mais aussi les garçons. »

A ce stade du récit, je l’observe. Comment supporte-t-il le poids de tout ça ? Où trouve-t-il la force et l’énergie pour continuer encore et toujours ? « J’ai ma femme et mes filles dont l’aînée veut devenir médecin. » Elles savent tout de ce que fait leur père. Et doivent être fières.

Georges Blanchard vit dans un quartier populaire du district 3 avec son épouse vietnamienne. Il ne fréquente pas les expatriés. C’est aussi là qu’il travaille. Georges est résident permanent et parle vietnamien couramment. Son rêve, il le caresse comme des ailes d’ange. « M’acheter un bout de terrain à Ben Tre, dans le delta du Mékong. » C’est là qu’il s’évade en moto avec sa femme le week-end. Il ne possède rien que cette moto qui l’emmène loin des bruits et de la fureur du monde. En 20 ans, il n’est jamais allé en baie d’Halong, à Hoi An ou à Hué. « Quand je me déplace, je vais voir des amis. Je ne fais pas de tourisme. Tous mes amis sont Vietnamiens. Les gens vous acceptent si vous restez vous-même. »

Malgré le milieu difficile dans lequel il travaille, Georges part du principe que l’être humain est bon. Tiens donc ! « On peut établir que tout individu possède un côté clair à 70 % et une part d’ombre à 30 %, non ? » Il est loin le petit gars de Pigalle qui fumait ses cigarettes sur les toits de Paris à 15 ans, au-dessus des maisons de passe… Enfin, peut-être pas.

@S.R.

Loft café

 

 

Pour être heureux, restons cachés… Comme souvent, à Hô Chi Minh Ville, les plus chouettes endroits n’ont pas forcément pignon sur rue. Le Loft Café, comme beaucoup des cafés que j’aime, est destiné aux curieux qui s’aventurent dans les vieux immeubles de la ville. Sauf que celui-ci est en plein centre. Facile. Il faudra vous engouffrer à l’intérieur du 26 Ly Tu Trong, emprunter le vieil escalier défraîchi et monter au premier étage pour accéder à ce café (qui a par ailleurs une autre adresse au 95 rue Pasteur). Bien sûr, la déco industrielle n’est pas nouvelle. La tendance a essaimé un peu partout. Mais l’endroit est lumineux et agréable. L’immense horloge qui se devine derrière une grande vitre fonctionne réellement. Elle me fait penser à la scène d’anthologie où Harold Lloyd est suspendu aux aiguilles du temps dans le film muet Safety Last!

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Ici, on vient pour discuter ou travailler devant un café ou encore pour déjeuner. Des plats occidentaux (tout un choix de pâtes, viandes, salades et sandwiches) côtoient des plats vietnamiens pour un prix très raisonnable. Personnellement, j’opte souvent pour le côm chien haï san (riz sauté aux fruits de mer) ou le sandwich bacon, laitue, tomates et potiron rôti. Vous pourrez aussi choisir la soupe au potiron ou la minestrone, les calamars sauce aigre-douce ou les nouilles sautées aux légumes… Une bonne adresse toute simple en centre-ville.

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